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19e Dimanche -7 août 2011

1 R. 19,9-13 Ro. 9,1-5 Mt 14, 22-33

Quand Paul doit apprécier une situation complexe, il lui arrive de donner un avis (2 Cor.8,10). Un avis ne crée pas une obligation. Mais il lui arrive aussi d’être catégorique. Ces derniers dimanches, nous avons pu relever quelques expressions « Nous le sa-vons » (8, 28). « J’en ai la certitude » (8, 38). Aujourd’hui, il dit « J’affirme ceci dans le Christ, car c’est la vérité, je ne mens pas et ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint. » ( 9, 1). Il prend Dieu à témoin de ce qu’il va affirmer.

Son adhésion à Jésus Christ et sa vie missionnaire lui ont valu bien des soucis. Dans sa lettre aux Corinthiens (2 Cor. 6, 4…), il évoque « les détresses, les contraintes, les an-goisses, les coups, les prisons, les émeutes, les fatigues, les veilles, les jeûnes. » Ces coups durs qu’il a surmontés baignent dans une souffrance qui ne le lâche pas. « J’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. »
Il est tiraillé entre deux amours. Il est prisonnier de deux solidarités.

Il est entièrement solidaire de son peuple et entièrement donné à Jésus. Situation con-flictuelle ! En effet, le peuple de Dieu refuse d’accueillir Jésus, le Sauveur qu’il at-tend depuis des siècles.
Paul ne choisit pas. Il est incapable de lâcher une solidarité au bénéfice de l’autre.

Ces deux solidarités qui semblent inconciliables ont un socle commun : la fidélité de Dieu à son Alliance. Le peuple juif est et reste le peuple élu.
Depuis le chemin de Damas, cette solidarité fondamentale a pris pour Paul le visage de Jésus Christ. Crucifié à la demande des responsables juifs, Jésus est ressuscité par la puissance et la fidélité de Dieu.
Croire au Christ n’est pas renier la foi juive. Se mettre à la suite du Christ, c’est ré-pondre à la fidélité de Dieu.

Jésus a accompli en sa personne, par sa vie, par sa mort et sa résurrection toutes les promesses de Dieu. En refusant Jésus, le peuple juif devient infidèle au Dieu qu’il prétend servir. C’est cela qui plonge Paul dans une grande tristesse.
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Quand une personne fait une promesse à une autre personne. Il y a ce que l’une pro-met et ce que l’autre entend et comprend.
On dit volontiers que les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire.
Dieu a promis bonheur et prospérité à son peuple s’il est fidèle.
En faisant cette promesse, Dieu a son idée sur le bonheur de l’homme. Il le voit com-me une participation à sa propre vie divine.
Mais le peuple, (dirigeants en tête), comprend le bonheur comme une gloire humaine.
Pour lui, la prospérité se réalisera dans le cadre d’un royaume qui dominera le mon-de. Il suffit de faire les choses que la Loi commande. Le bonheur suivra.
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Le disciple n’est pas mieux traité que le maître. En vivant dans sa chair le conflit en-tre sa fidélité envers Dieu et sa solidarité envers son peuple, Paul vit ce que Jésus a vécu.
Parfaitement Dieu, Jésus est solidaire de son Père. Parfaitement homme, il prend pla-ce dans la foule des pécheurs. Or ceux qui, parmi les hommes, croient en Dieu refu-sent de reconnaître celui que Dieu leur envoie. Ils vont aller jusqu’à le supprimer.

Jésus est prêt à subir la mort par les hommes qu’il vient sauver. On ne lui prend pas sa vie. Il la donne. Paul en vient à dire : « Pour les Juifs, mes frères de race, je sou-haiterais même être maudit, séparé du Christ. »
Ils sont toujours les fils d’Israël, non pas parce qu’ils sont de sang juif mais parce qu’ils ont reçu la promesse de Dieu. Ils ont l’alliance et les patriarches. C’est dans la foi de ces patriarches qu’ils doivent se ressourcer pour accueillir le Christ qui est de leur race.
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Par solidarité avec Dieu, Jésus accepte de mourir de la main des hommes
Par solidarité avec son peuple, Paul accepterait d’être rejeté par Jésus.
En vivant douloureusement cette double solidarité, Jésus et Paul refusent la déchirure, la rupture. Cette situation interroge notre vie.
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Au-delà des moments difficiles que nous avons traversés, quelle est la souffrance lan-cinante qui nous habite sans discontinuer ? Quel est notre désir le plus profond qui excite notre impatience ??
Notre vie est comme un carrefour où se télescopent des fidélités qui semblent incon-ciliables. Quelles sont les solidarités qui s’entrechoquent en nous ?

Par exemple, quel est le niveau de notre solidarité avec Jésus qui est parfait et son E-glise qui ne l’est pas ?
Où en est notre désir d’être vraiment habité par la Parole de Dieu ? Où en est notre désir de conversion ? Où en est notre pratique de la prière ?
Quel est le niveau de notre solidarité avec les chrétiens qui nous sont les plus proches et qui nous agacent quelquefois, avec ceux qui sont au loin et donc indifférents, avec ceux qui ne partagent pas notre foi, avec ceux qui la critiquent, quelquefois de maniè-re stupide et quelquefois de manière opportune ?

Par ailleurs, quel est le niveau de notre solidarité avec le monde qui n’est pas parfait non plus ?
Le monde est simple à décrire : à côté des bourreaux et des victimes, il y a ceux qui essaient d’humaniser les bourreaux et ceux qui essaient de reconstruire les victimes.
Classification simpliste puisque chacun peut se reconnaître dans chacune de ces caté-gories.
Classification utile puisqu’elle nous permet de concrétiser ce que nous essayons de faire dans ce monde tordu où les pauvres meurent de faim et où les riches sont surendettés ?
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Dans l’évangile, Pierre veut vérifier si celui qui marche sur les eaux est bien Jésus. Il croit et se lance. Bientôt il doute et Jésus le saisit avant naufrage.
Jésus nous tient dans nos commencements de foi et dans nos chutes.
Uni à son Père, il ne nous lâche pas. Double solidarité.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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