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196 23e Dimanche A -Ezéchiel 33,7-9

1ère lecture : Ezéchiel 33/7-9

7 Et toi, fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part.
8 Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang.
9 Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie.

A propos de cette lecture :

Pour que l’homme vive Dieu nous rend responsables les uns des autres

En 598 Nabuchodonosor se prépare à envahir le Moyen-Orient, la Palestine.
En vue de cette attaque le roi Sédécias fait restaurer les murs de Jérusalem : on se prépare et des guetteurs sont postés aux avant-postes stratégiques pour veiller aux mouvements des troupes ennemies et avertir le roi en cas de nécessité.

Dans une parabole Ezéchiel se voit comme un de ces veilleurs. Il transpose les mesures de sécurité militaires et civiles à sa mission prophétique, à sa responsabilité de veilleur et d’annonceur de la Parole au Peuple de Dieu. Le rôle du prophète est bien de mettre en garde mais aussi d’insister sur la responsabilité de chacun. Jusqu’ici on s’était attardé à la responsabilité collective de tout le peuple. « Ce qui est neuf c’est l’affirmation que chaque personne est responsable de ses actes et que chaque génération n’engage qu’elle seule par ses fautes ou ses mérites ». C’est indispensable si l’on veut vivre. C’est là la mission du prophète : pour que le peuple vive il doit se convertir.
C’est la vie qui est en jeu et plusieurs fois on parle de mort : « tu vas mourir…mourra de son péché... ». C’est le péché qui conduit à la mort, mais pour Dieu rien n’est irrémédiablement déterminé : l’homme peut toujours se convertir et ainsi il aura « sauvé sa vie ».
Mission ingrate que celle du prophète, de tout prophète, mais Dieu l’envoie pour que son peuple VIVE. Comme veilleur sa mission consistera à « redire » la parole que le Seigneur lui aura transmis.
Ces trois versets occupent une place particulière dans le livre d’Ezéchiel. Ce texte fait le lien entre ce qu’on peut appeler le livre du jugement (4/1-32/30) et le livre de la promesse (chap. 34-48). Le fait que ce texte se trouve identiquement au début du premier livre (3/16b-21) relève toute son importance.
Ces versets résument en quelques mots la mission du prophète. Ce qu’il entend de Dieu, il est obligé de le proclamer. Il doit sans cesse annoncer où et comment le Seigneur agit et agira. Il a mission d’aider ses frères à rester fidèles à Dieu.
D’une responsabilité commune du péché, on passe à la responsabilité personnelle, toujours ouverte sur le pardon et la miséricorde divine.
Qui, un jour, a entendu parler le Seigneur, ne peut se taire, sa parole lui brûle le cœur et les lèvres. « Tu avertiras les autres de ma part » : la parole du prophète vient d’ailleurs. Ce n’est pas ce qu’il devine qui compte, ni ce qu’il ressent, c’est ce qu’il entend pour inviter à l’écoute : « Shema Israël » ! « Lourde responsabilité que celle du prophète : ses avertissements relèvent de « l’assistance à personne en danger ».

La sentinelle reste à son poste d’observation tandis que le peuple dort. Du haut de sa tour de garde, il voit mieux les choses, les comprend, les perçoit mieux.
La sentinelle attend, de façon active, tournée vers le futur. Le prophète prend conscience des réalités qui doivent se dérouler alors qu’il ne les voit pas encore. Il vit dans le monde et en même temps garde le regard tourné vers un autre monde qui n’est pas encore là.
La sentinelle est un responsable. Il représente Dieu au milieu des humains.
Il peut assumer ses responsabilités ou le fuir. Pas une tâche facile ! Les hommes dorment tandis qu’il doit toujours veiller. Ils n’écoutent pas mais lui ne peut cesser de parler. Ses interlocuteurs désirent qu’on leur laisse la paix et lui toujours doit les secouer. Il les a en charge, de la part du Seigneur.
« Je t’ai établi guetteur », signifie que non seulement il porte une responsabilité à l’égard du peuple mais aussi à l’égard de Dieu. Le peuple qui lui est confié n’est pas sa propriété. C’est le peuple de Dieu. !
Notre baptême a fait de nous les membres d’un peuple prophétique. « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint…17 N’aie aucune pensée de haine contre ton frère, mais n’hésite pas à réprimander ton compatriote pour ne pas te charger d’un péché à son égard » Lév. 19,2.17
Notre vocation demeure bien celle d’un guetteur. « Le baptisé n’est pas un guerrier qui entreprend la lutte contre tout ce qui est contraire aux traditions, ni un gardien de valeurs éternelles, ou un diplomate qui navigue entre les eaux pour préserver les biens de la communauté, encore moins un saint à la pureté irréprochable. » De par son baptême il a entendu l’appel : « soyez saints comme moi je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu ». Il est un guetteur qui crie au plus fort de la désespérance : « Ne perdez pas courage, le jour se lève ». Le baptisé est celui qui pose sa main sur l’épaule de son frère en disant : « Tiens bon, tu n’es pas seul ! ».
« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en plénitude » dit Jésus en Jn. 10,10. Peuple de prophètes, non seulement nous sommes appelés à témoigner aujourd’hui de l’amour du Père pour les hommes mais aussi à partager la vie que nous recevons du Christ pour que les hommes soient des VIVANTS. « Et tu auras sauvé ta vie ».

Que retenir ? La mission de veilleur le rend-il supérieur, intouchable ?
Si c’était le cas, il se désolidariserait de ses frères, or c’est bien parce qu’il leur est solidaire qu’il peut être un vrai serviteur de la réconciliation. En lisant les événements, en dévoilant leur aboutissement, il crie l’urgence de la conversion et de la réconciliation avec Dieu et entre eux. Il ne se croit pas meilleur, il ne fait pas la morale mais, en l’envoyant, le Seigneur lui donne une audace et une conviction qu’il n’invente pas. Son rôle est de permettre à chacun de se mettre à l’abri.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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