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18e dimanche C

18ème dimanche du T.O. –C-

Les lectures d’aujourd’hui peuvent orienter notre attention sur quelques images que l’actualité met sous nos yeux.

1ère image : Des ouvriers et des cadres ont travaillé 20 ou 30 ans dans une usine avec des conditions de travail exigeantes et des horaires contraignants. Leur usine fer-me et ils assistent démoralisés, résignés ou en colère à la vente du matériel de leur usine. Ils ont investi leur compétence et voilà : Tout ça pour ça ! Quel avenir pour eux ? Ont-ils travaillé pour rien ? Sont-il quantité négligeable ?

2ème image. Celle des familles de Chine, de Pologne, d’Haïti, de Vendée, de Dragui-gnan ou d’ailleurs, après une inondation ou une tempête. Leur maison est détruite. Ils ne leur reste plus rien. Et ils disent tous la même chose : « C’est tout le travail d’une vie qui est détruit. »

3ème image : Nous vivons dans une société extrêmement banalisée. Tout est pareil partout. Tandis que certains grattent le fond de leur porte-monnaie à la fin de cha-que mois, d’autres ont les moyens de chercher à se distinguer. En pratiquant les sports dangereux, ils cherchent des poussées d’adrénaline en se mettant dans des situations risquées. L’émotion d’un instant les fait exister. Certains ont leur nom dans le journal et connaissent un moment de gloire vite effacé.
D’autres donnent des prénoms surprenants à leurs enfants.
Dans les collèges, des élèves se livrent à des jeux qui mettent leur vie en péril. Ils veulent voir comment ça fait et quelquefois, ils meurent.

4ème image. Dans son livre « J’aimerais vous dire », Mgr Albert Rouet, évêque de Poitiers, qui devra bientôt démissionner pour raison d’âge se pose la question : « Que reste-t-il du travail d’un évêque ? »
Et chacun peut se poser la question : que restera-t-il de notre vie ?

Ces images sont l’écho de la 1ère lecture tirée du livre de l’Ecclésiaste. Elle nous présente un homme qu’on peut imaginer à la fin d’une étape de sa vie ou même en fin de vie. Il regarde son passé.
Jeune, il a eu des désirs qui sont devenus des projets. Il était doué. Il était sérieux et compétent. Il a fait son chemin. Chaque réussite déclenchait un nouveau défi. Il pourrait se laisser aller dans une déclaration d’autosatisfaction.
Et il découvre, au moment de mourir que tout ce qu’il a accumulé ne lui sera d’aucune utilité. Il n’emportera rien dans sa tombe.
Et donc, qu’est-ce qui vaut la peine qu’on se donne de la peine ?

Etre vaniteux, c’est courir après du vent. Certaines publicités nous entraînent dans cette course vers le superficiel « Vanité des vanités tout est vanité. » Les vanités sont vaines. Elles ont la consistance de la buée, de la vapeur d’eau qui s’échappe d’une casserole sur le feu. Elle est insaisissable. Il n’est reste rien de palpable.
Dans ligne de l’Ecclésiaste, l’évangile nous donne rendez-vous chez un notaire au lendemain d’une sépulture. Deux frères se chamaillent l’héritage. L’un d’eux a déjà tout ramassé. Mécontent, l’autre espère un appui du côté de Jésus « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus se dérobe. Il n’a pas de compétence en la matière. Il y a des lois pour régler les successions : « Qui m’a établi pour être votre juge ? »
Et Jésus le laisse tomber pour s’adresser à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain »
Et il enchaîne sur une parabole : l’histoire d’un homme qui a de gros soucis : « Que vais-je faire. Je ne sais pas où mettre ma récolte. » Il trouve la solution. Il va construire, et il pourra se dire « Te voilà avec des réserves en abondance, pour de nombreuses années. » Mais, dans la nuit, il meurt subitement.

Faut-il maintenant parler de notre regard trouble sur les héritages ? Le souci des parents déborde leur vie sur la terre. Légitimement, ils veulent laisser à leurs en-fants leurs biens à partager, (quand ils en ont !). Mais il y a des choses qui ne se partagent pas, ce sont les valeurs humaines.

Peut-on imaginer chez un notaire une scène de ce type ? Un enfant dirait : « J’ai admiré le souci de justice de mon père dans sa vie professionnelle. Je le prends pour moi. » Un autre dirait : « Moi, je prends son esprit d’ouverture, la qualité de son accueil ». Un autre : « Moi, je prends le souci qu’il avait de sa famille. » Un autre : « Moi, je prends son souci de vivre sa foi de manière intelligente. » Un autre : « Moi, je prends son engagement dans l’humanitaire. » Et le dernier dirait : « Vous êtes bien gentils, mais vous ne me laissez que son mauvais ca-ractère ! »

La stupidité de cette histoire montre que chaque enfant peut hériter de toutes les qualités humaines de ses parents. Et c’est cela qui a de la consistance. Ces valeurs ne sont pas cotées en Bourse. Elles échappent au règne de l’argent.

St Paul devient intéressant quand il dit : « Recherchez donc les réalités d’en haut. ( …) Tendez vers les réalités d’en haut et non pas vers celles de la terre. »
Personne n’ira détrôner le Christ assis à la droite de Dieu
Ce qui apparaît comme une rêverie est la seule chose qui ne soit pas vanité.
C’est avec les qualités humaines que le monde de demain peut se construire. Il ne faut pas les perdre. Un poète a écrit :
Ce qui importe à l’espérance d’un soir d’homme ou de femme,
c’est de savoir qu’aucune vie ne laisse derrière elle
la terre semblable à ce qu’elle aurait été
sans le sillon que sa vie a creusé.

Que sème-t-on dans notre sillon ? De la vapeur d’eau ? Des graines de valeurs humaines ? .. Avec l’espoir qu’elles prendront racine !
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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