18e Dimanche C

1ère lecture : Qohélet 1 /2 ; 2/21-23

1.
2 Vanité des vanités, disait Qohèleth.
Vanité des vanités, tout est vanité !
2.
21 Un homme s’est donné de la peine ;
il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi.
Et voilà qu’il doit laisser son bien
à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine.
Cela aussi n’est que vanité,
c’est un grand mal !
22 En effet, que reste-t-il à l’homme
de toute la peine et de tous les calculs
pour lesquels il se fatigue sous le soleil ?
23 Tous les jours sont autant de souffrances,
ses occupations sont autant de tourments :
même la nuit, son cœur n’a pas de repos.
Cela aussi n’est que vanité.

A propos de cette lecture :

« L’auteur est nommé Qohélet. Ce nom, généralement tenu pour un pseudonyme, se rattache à la racine hébraïque Qahal. Le substantif qahal désigne l’assemblée, le plus souvent l’assemblée liturgique. Le personnage désigné tout au long du livret sous ce mystérieux nom de Qohélet, est présenté ou se présente comme « fils de David ». La tradition a identifié Qohélet à Salomon. La tradition rabbinique attribue même le livre de Qohélet à Salomon dans sa vieillesse. Rabbi Jonathan précisait : « Salomon a écrit le Cantique étant jeune, les Proverbes à l’âge mûr, et Qohélet dans sa vieillesse ; car quand l’homme est jeune, il chante ; adulte, il énonce des maximes ; quand il devient vieux, il parle de la vanité des choses. » Midrah Rabba, Ct 1,10.

Le mot grec a été traduit en français par « Ecclésiaste », c.a.d. celui qui parle dans l’assemblée et qui cependant n’est pas un ecclésiastique. Nous dirions un « croyant moyen » qui finit par s’interroger sur le sens de sa vie, de ses travaux et de ses jours.
Il en arrive au point de relativiser tous les efforts qu’il a pu déployer durant toute son existence à s’interroger : « à quoi bon tout cela ? »

« Vanité des vanités… quel profit y a-t-il … ? ». Avec une insistance très appuyée, voici le leitmotiv, le fil conducteur de tout le livret et de tout l’enseignement de Qohélet… Ce n’est pas du pessimisme, mais de la lucidité ; pas de l’abstrait, mais du concret. La racine hbl (vanité) c’est d’abord de l’activité de l’homme dont il est question. Le parallèle habituel de hebel est « poursuite de vent ». Mais c’est aussi de la destinée de l’homme, soit prise dans son ensemble, soit considérée à un moment déterminé mais décisif de l’existence. Dans ces textes, hebel est souvent mise en parallèle avec « mal, mauvais, mal affligeant, mal cruel ». Les âges de la vie enfin sont qualifiés d’hebel.
Ici Qohélet insiste sur la fugacité du temps. Si tout est pour l’homme hebel, puisqu’il est un « être pour la mort », la question de Qohélet pourrait s’énoncer ainsi : « quel bonheur, quelle joie lui sont données sous le soleil ? »
Le mot « hebel » traduit par certains par « vanité » et d’autres par « vapeur-buée », signifie quelque chose d’inconsistant, « qui n’a que l’apparence du réel et qu’un souffle dissipe ». L’auteur fait le constat que tout est fragile et que les efforts que l’homme peut faire pour construire du solide sont eux-mêmes fragiles.
Qohélet pose le problème : “Que reste-t-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?” (1:3). L’auteur nous place face à une fragilité, une inconsistance fondamentale. Ce sage « vit dans les premières années du 3e siècle avant notre ère, où il a subi ‘le choc de la modernité ‘. Il veut voir par lui-même ce qu’il est bon pour les fils d’hommes de faire sous le ciel durant le nombre des jours de leur vie. » Eccl 2.3.

On aurait tort de voir dans les premiers mots de cette lecture des propos désabusés. En réalité, il s’agit ici d’un questionneur qui remet en cause des certitudes humaines apparemment bien établies, mais qui le laissent sur sa faim. C’est un sage qui s’interroge sur le sérieux et sur le sens de la vie et cherche une réponse aux questions qu’il se pose. L’auteur nous invite à faire un bilan, non chiffré, de nos dépenses-recettes d’énergie de tout genre.

Plutôt que de scepticisme, il s’agit de la réflexion d’un croyant réaliste qui relativise, non sans humour, tous les efforts qu’il a déployés en vue de réussir dans la vie, à la manière des battants des affaires du monde auxquelles il a été confronté le long de sa carrière. Quelles sont ces réalités humaines en face de la réalité ultime ? Dès le départ pour sortir de lui-même et jeter un regard extérieur sur tout ce que l’homme recherche comme valable, ou du moins lui semble tel, il met en exergue l’ombre de la mort qui démontre l’extrême fragilité qui couvre tout l’univers.
Qohélet cherchait une sagesse qui lui révélerait un ordre durable sur lequel il pourrait se régler. A défaut d’ordre il trouve une fragilité universelle, générale. Et il en arrive à se demander : « la vie vaut la peine d’être vécue ? Ou alors consiste-t-elle à se réfugier dans le mangeons-buvons. »
Qohélet va dénoncer toutes les illusions qui peuvent tenter l’homme.
« Aujourd’hui la Bible » écrit : « si tout est vérité, il convient de profiter dès aujourd’hui du bonheur qui s’offre et s’en remettre à Dieu, bien que les voies soient incompréhensibles. N’attendez pas demain, tel est, paradoxalement le propos le plus évident de Qohélet »
« Qohélet cherche à casser toutes nos idoles, nos idéologies, tout ce qui nous perd, nous trompe, nous mange, nous asservit si facilement : l’argent, les plaisirs, les possessions, la famille, le travail, même la joie lorsqu’elle devient une valeur en soi, et même la Sagesse qui demeure une énigme pourtant préférable au reste. La religion aussi est contestée, parce qu’elle est trop souvent marchandage entre l’homme et Dieu.
Non pas que toutes ces réalités soient fautives. Le danger vient de la place que l’homme leur attribue lorsqu’il transforme ces moyens de vivre en buts en soi. À l’homme fondamentalement idolâtre, Qohélét lance un appel au bonheur, en faisant le procès de toutes les consolations et de toutes les recettes habituelles du bonheur… »

Selon Qohélét, l’être humain vaut bien plus que tout ce qui l’aliène. Et pourtant l’homme survole sa vie pour la manquer en accordant une importance exagérée à des valeurs parfaitement éphémères : c’est le fameux « vanités des vanités. »
« Profitez » ne voudrait pas dire une jouissance égoïste mais vivre pleinement le moment présent et dans lequel Dieu se donne, en se satisfaisant de ce qui est donné.
L’homme est toujours insatisfait, « il a plus d’appétit que le monde ne contient d’aliments » Osty.
Y a-t-il une issue ? Ce passage n’en donne pas mais Qohélet sait que « Dieu a fait toute chose convenable en son temps »3.11, et que « tout ce que fait Dieu dure à jamais » 3.14
« Dieu étant hors de cause c’est dans l’homme qu’il faut chercher la source de sa misère…c’est des son inquiétude, de son avidité, d’un vouloir vivre démesurément ambitieux que provient tout le mal. » Si l’homme est insatisfait, c’est qu’il désire trop, c’est qu’il veut se hausser au delà de sa condition.
_ Ce drame de l’insatisfaction, Qohélet l’a dépeint d’une manière inoubliable, en le concrétisant dans l’expérience qu’il a prêtée au plus heureux, au plus comblés, au plus sages des rois d’Israël, 2,4-11, mais il n’est pas allé plus loin. Il exorcisé le sortilège des enchantements terrestres, œuvre négative certes, mais la voie de la négation conduit, elle aussi au Seigneur.

En fait c’est un regard par rapport au temps : ce qui est aujourd’hui et que je recherche plus que tout, que sera-t-il demain ?
Les paraboles du trésor que l’homme trouve dans un champ et celle de la perle qu’il recherche, ne sont-elles pas la réponse à la recherche de l’homme en quête de la richesse, de biens de toute espèce : le seul qui soit vraiment digne de recherche c’est la quête du Royaume prenant le risque de tout perdre pour tout gagner.
St Jean Chrysostome écrit à ce sujet : « Les deux paraboles du trésor et de la perle enseignent la même chose : qu’il faut préférer l’Évangile à tous les trésors du monde... Mais il y a quelque chose de plus méritoire encore : il faut le préférer avec plaisir, avec joie et sans hésiter. Ne l’oublions jamais : renoncer à tout pour suivre Dieu, c’est gagner plutôt que perdre. La prédication de l’Évangile est cachée dans ce monde comme un trésor caché, un trésor inestimable.
Pour se procurer ce trésor..., deux conditions sont nécessaires : le renoncement aux biens de ce monde et un courage solide.
Toute la différence dans ces paraboles du Christ c’est que l’achat du champ au trésor et l’acquisition de la perle donnent tous deux de la joie : ils peuvent combler les désirs profonds de l’homme de tout homme.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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