17e Dimanche B

Éphésiens 4,1-13

Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l’appel que vous avez reçu ;
2 en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour ;
3 appliquez-vous à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix.
4 Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance ;
5 un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ;
6 un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous, et demeure en tous

Paul est prisonnier, sans doute au moment de sa captivité romaine de 61 à 63, a
Il est enchaîné à un soldat de la garde prétorienne et attend son jugement. Cette situation de prisonnier « dans le Seigneur » à cause de sa foi, est bien la preuve qu’il est resté fidèle, mais c’est aussi l’occasion pour lui de sentir combien sa foi le fait grandir, le rend libre et lui permet de vivre en cohérence avec elle, avec le Christ, quelles qu’en soient les conséquences.
Sa fierté d’être chrétien il désire la partager avec la communauté d’Ephèse qui connaît quelques problèmes intérieurs. Il invite les frères à vivre dans l’unité, essentielle à leur foi, et conformément à ce qu’ils sont devenus par le baptême.

v.1-2 « Accordez votre vie à l’appel que vous avez reçu. »
Ce ne sont pas des recommandations moralisantes que Paul donne, mais une invitation à vivre et agir en fonction de ce qu’ils sont de par leur adhésion à Jésus-Christ et de prendre conscience de ce qu’ils sont devenus par le baptême : il ne s’agit pas des conseils moraux mais une invitation à devenir ce qu’ils sont en réalité.
Puisqu’ils sont chrétiens, il les invite à entrer concrètement dans le projet de Dieu dont il a déjà parlé au début de sa lettre. Paul comprend d’autant mieux ce projet de Dieu qu’il vit les mêmes sentiments qui étaient dans le Christ pendant toute sa vie, et particulièrement durant la passion de Jésus qu’il partage d’une manière toute particulière en ce moment.
C’est une situation d’extrême souffrance : il est réduit à néant, enchaîné, ce qui ne l’empêche pas mais, bien plus, lui permet d’atteindre et se laisser rejoindre par le Christ dans son projet pour l’humanité. Quel est ce projet de Dieu ?
Le point de départ c’est le Seigneur qui appelle en vue d’un changement radical de vie dans lequel division, discorde sont à exclure parce que menaçant l’unité du Corps, de l’Église. L’appel de Dieu radicalise la vie du baptisé qui ne peut désormais plus tolérer ce qui serait à l’origine de la division de la communauté et pourrait la blesser et provoquer son éclatement. Bien au contraire Paul les invite les phésiens à être artisans du projet de Dieu et se mettre à l’écoute et à l’école du Christ.
Il va tout simplement transmettre la passion qu’il vit au plus profond de lui-même, dans sa chair : le mystère du Christ fait homme, qui a partagé tout de notre vie jusqu’à la mort.
Enchaîné à un soldat, Paul encourage les communautés à vivre l’unité, l’essentiel de leur foi, de ce qu’ils sont devenus par le baptême. Paul vit la même solidarité avec ses frères d’Ephèse que celle vécue par le Christ au milieu des hommes.
Il s’agit tout simplement de la vie dans la foi. Elle a son origine dans un appel qui se vit en référence au Christ. Il s’agit donc de vivre en cohérence avec l’appel reçu de Dieu et donc de vivre non seulement dans cette conviction mais à l’image de Celui qui s’est fait humble, pauvre, proche des hommes manifestant par là l’amour de son Père.
L’intimité avec Dieu et la proximité dans laquelle l’appel nous fait vivre, doivent se manifester de manière sensible, concrète par des actes concrets d’humilité, de douceur, de patience, de support mutuel.
Même si certains auteurs disent que ces vertus ne sont pas spécifiquement chrétiennes mais tout simplement humaines, « il est vrai que ces vertus viennent du Christ et c’est à ce titre que les membres de la communauté doivent en vivre. Ainsi au sein de l’Eglise les croyants ne sont pas appelés à se supporter par convivialité mais en fonction de l’Amour qui se reconnaît aussi dans ses effets ainsi que l’affirmait 1 Cor 13. » Ch Reynier.

v. 3 Les chrétiens sont appelés à « s’efforcer de garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix ». Un appel fort et vibrant à l’unité en vue d’être et de vivre l’unité réalisée par l’Esprit dans la communauté. Un appel qui ne s’arrête pas, même si on est en prison, puisque l’unité n’a pas de limite et qui n’est jamais pleinement réalisée mais sans cesse en construction.

Pour insister Paul utilise trois séries d’expressions qui renforcent son idée : v.4 « une seule espérance, un seul Corps, un seul Esprit » ; v.5 « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » ; v. 6 « un seul Dieu et Père de tous. »

v.4 « Il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit. »
A la discorde et à l’hérésie qui existent dans la communauté d’Ephèse et menacent l’Eglise, Paul oppose les sources de l’unité : la présence agissante de l’Esprit du Christ et du Père et l’activité convergente des ministères. Cette unité se réalise dans le dynamisme d’une croissance.
Finalement, appel à vivre dans la cohérence, dans l’unité.
Cet appel et l’exigence de concorde dans la communauté font écho à la réunification de l’univers et à l’incorporation des juifs et des païens dans l’unique peuple de Dieu.
Il s’agit de vivre en conformité non avec des règles mais selon l’appel de celui qui nous a appelés. La vocation du chrétien : c’est un appel à vivre dans une communauté profondément unie.

v.5 « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. »
Un seul Seigneur : Kyrios : le Christ dans sa gloire de ressuscité, intronisé comme maître du monde La foi confesse l’action souveraine de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts : action qui s’exprime dans le baptême qui incorpore le croyant dans le Corps de l’unique Seigneur
Si Paul recommande avec autant de force la recherche de l’unité c’est tout simplement qu’elle est inscrite au cœur du croyant qui vit déjà en communion avec le Dieu Trinité, en communion trinitaire.
Cette unité est inscrite dans les gênes du baptisé, du croyant qui forme avec tous « un seul Corps », tous animés par le même Esprit, aimés chacun du même amour par le Père. Le secret de l’unité est à chercher dans la Trinité où elle trouve sa source dans l’amour du Père pour le Fils par et dans l’Esprit.
Vatican II l’a bien rappelé en parlant de l’Eglise : « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et unité de tout le genre humain. » Lumen Gentium 1
Et plus loin « l’Eglise apparaît comme un peuple qui tire son unité de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit. » Lumen Gentium 4
Si l’unité est inscrite au cœur du baptisé, au cœur même du mystère de l’Eglise, elle reste cependant à vivre concrètement dans un combat continuel, celui de l’humilité, de la douceur et de la patience, en vue de constituer un seul Corps, un Homme nouveau. L’unité est donnée, elle reste à réaliser concrètement « vous efforçant de garder l’unité de l’Esprit ».

v.6 « un seul Dieu et Père de tous. »
L’insistance sur le « un seul », une seule » : rappelle la confession d’Israël.
Le fondement dernier de l’unité c’est l’unicité de Dieu-Père-Créateur qui reste présent à sa créature pour en assurer la conservation.

« Les trois séries de facteurs que Paul vient d’énumérer sont les raisons objectives de l’unité. D’eux-mêmes, ils construisent déjà l’unité des croyants car chacun est, en soi, unique et étroitement coordonné aux autres, comme le signifient le parallélisme et l’enseignement général de St Paul : le Père est le fondement absolu, le Seigneur est son Fils bien-aimé (1,3-6), l’Esprit est son Esprit Saint (4,30). La foi révèle l’espérance, le baptême agrège le baptisé au Corps. » Baulès dans Assemblée du Sgr. 48
Nous avons donc à grandir dans la pleine maturité d’une foi adulte : v.13 « jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude. »

Alors : les différences dans l’Eglise d’aujourd’hui voir les oppositions qu’en penser ?
Lors d’un entretien avec G. Ringlet, vice recteur de l’U.C.L., il lui était demandé s’il estimait préférable pour l’Eglise de présenter une image unitaire même si celle-ci n’est que façade plutôt que de se présenter comme lieu de débats et de dialogue. Qu’elle le veuille ou non, répondit-il, l’Eglise apparaît déjà comme un lieu de débats et de tensions. Et c’est heureux ! La pire des choses, la plus dangereuse, serait l’uniformité. Par contre, il est normal que l’Eglise soit tendue vers l’unité, une unité dynamique et inventive. Quand Jésus prie pour l’unité, il ne demande pas que tous soient copie conforme à un modèle unique. L’aspiration à l’unité ne gomme pas le respect des différences. Au contraire.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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