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173 - 2e Dimanche de Carême A

1ère lecture : Genèse 12/1-4a

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1 Le Seigneur dit à Abram :
« Va, loin de ton pays,
de ta parenté et de la maison de ton père,
vers le pays que je te montrerai.
2 Je ferai de toi une grande nation,
je te bénirai,
je rendrai grand ton nom,
et tu deviendras une bénédiction.
3 Je bénirai ceux qui te béniront ;
celui qui te maudira, je le réprouverai.
En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »
4 Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu’il sortit de Harane. 5 Il prit sa femme Saraï, son neveu Loth, tous les biens qu’ils avaient acquis, et les personnes dont ils s’étaient entourés à Harane ; ils se mirent en route pour Canaan et ils arrivèrent dans ce pays.
6 Abram traversa le pays jusqu’au lieu nommé Sichem, au Chêne de Moré. Les Cananéens étaient alors dans le pays.
7 Le Seigneur apparut à Abram et dit :
« À ta descendance je donnerai ce pays. »
Et là, Abram bâtit un autel au Seigneur qui lui était apparu. 8 De là, il se rendit dans la montagne, à l’est de Béthel, et il planta sa tente, ayant Béthel à l’ouest, et Aï à l’est. Là, il bâtit un autel au Seigneur et il invoqua le nom du Seigneur. 9 Puis, de campement en campement, Abram s’en alla vers le Néguev.

A propos de cette lecture :

Les premières lectures des dimanches de la sainte Quarantaine veulent nous rappeler les grandes étapes de l’histoire du salut. Dimanche dernier : Adam ou « Dieu est un passionné de l’homme » ! Aujourd’hui : Abraham ; dimanche prochain : Moïse, etc, …
« Le passage de ce dimanche fait suite au récit de la tour de Babel (Gen. 11,1-9), dans lequel les hommes cherchent à se faire un nom, mais leurs méthodes mènent à l’échec. C’est qu’ils n’avaient compté que sur eux-mêmes et avaient appliqué leur propres et pauvres recettes humaines »
Pour bien comprendre l’enjeu des versets 1-4, et découvrir le personnage d’Abram avec qui Dieu commence une nouvelle étape de l’histoire, il convient de prolonger le texte jusqu’au verset 9. « En parcourant tout le pays du nord au sud, Abram prend ainsi possession anticipée du pays, à la suite de la promesse de Dieu de le donner à sa postérité » (Bible et vie chrétienne)
Mais aussi en relisant le contexte dans lequel se situent les quelques versets de notre péricope : « Tèrah engendra Abram, Nahor et Harane. Harane engendra Loth. 28 Harane mourut avant son père Tèrah dans le pays de sa parenté, à Our des Chaldéens. 29 Abram et Nahor prirent femme ; l’épouse d’Abram s’appelait Saraï, et celle de Nahor, Milka, fille de Harane, père de Milka et de Yiska. 30 Saraï était stérile, elle n’avait pas d’enfant.
Tèrah prit son fils Abram, son petit-fils Loth, fils de Harane, et sa bru Saraï, femme de son fils Abram, qui sortirent avec eux d’Our des Chaldéens pour aller au pays de Canaan. Ils gagnèrent Harane où ils s’établirent. 32 Tèrah vécut deux cent cinq ans ; puis il mourut à Harane. »Terah le père d’Abram part de Our avec Abram, Saraï sa femme et son neveu Loth pour aller au pays de Canaan en remontant l’Euphrate. Ils s’arrêtent et s’établis sent à Haran ou Tera le père d’Abram meurt. Ainsi situé dans l’histoire, Abram vivait donc au pays de Chaldéens.
Ici, 12,21, commence notre lecture de ce dimanche et pour Abram son aventure avec Dieu qu’il ne connaît pas et qui lui dit : « va-t-en de ton pays » traduit Osty, « va pour toi » Chouraqui.
L’apparition de Dieu n’a pas encore de visage, mais déjà elle empêche toute installation. Elle exige d’abandonner toute possession, toute sécurité et toute certitude du passé. Elle engage l’avenir sur une seule promesse, au mépris de toute garantie raisonnable : Abram n’a pas de fils et Saraï était stérile. Si Dieu dit à Abram de partir sur une promesse, ce n’est pas pour le bousculer, le déranger mais parce que Dieu veut le combler de sa bienveillance. Ce « pour toi » explique toute la densité de la suite du texte et peux faire comprendre l’importance de l’appel à partir et pressentir ses conséquences. Ce n’est que plus tard, (17,5), qu’il recevra de Dieu le nom d’Abraham cad « père des multitudes. » Dieu prend l’initiative d’intervenir dans l’histoire d’un homme et ensuite dans celle d’un peuple. A Babel les hommes projetaient de devenir un grand peuple par leurs propres forces et n’y ont pas réussi, ici Dieu lui-même se charge de prendre le relais en appelant un homme pour le combler en le « bénissant ».
Tel est le dessein bienveillant de Dieu sur l’humanité, dessein exprimé par le verbe « bénir » repris par quatre fois avec le mot « bénédiction » pour bien insister. Une accumulation de verbes : bénir Abram et tous ceux qui à sa suite prendront le chemin de Dieu :
« je te bénirai…tu seras une bénédiction…je bénirai ceux qui te béniront…par toi se béniront toutes les familles de la terre ». Cette bénédiction c’est le don de la vie en abondance.
Comme Jésus au désert, Abram doit pouvoir par trois fois dire « non ». « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père ». Grâce à ce triple renoncement, une nouvelle identité se fait jour. Face au pays qui lui est demandé de quitter, surgit l’avenir nouveau d’une terre promise. Face à la parenté délaissée, s’ouvre une promesse : « je ferai de toi un grand peuple ». Face à la maison du père abandonné, il lui est dit : « Je te bénirai et je magnifierai ton nom ».
Le nom d’Abram sera désormais Abraham, (17,5) il devient une bénédiction sur toutes les races et le père d’une multitude de peuples.
« Va-t’en » ! Sans aucune raison, sans aucun mérite à la base. Seul Dieu prend l’initiative, initiative assortie d’une promesse non pas spécialement pour Abram mais pour tous les clans de la terre. « Va-t’en ». Sans dire pourquoi, sans dévoiler où se trouve le pays dont il est question (dans lequel il n’est pas dit qu’il entrera !). Abram doit se mettre en route, invité à quitter tout ce qui le sécurisait : ses dieux, son pays, ses proches, la culture et la richesse de la Mésopotamie. Il lui est demandé d’abandonner ses sécurités faciles, ses sécurités fondées sur ses dieux. Dieu arrache un chef de tribu à une civilisation avancée pour le jeter sur les routes du monde à travers le désert et des terres inconnues. Il va porteur d’une promesse « je fais de toi le père d’une grande nation. » Abram se met en route avec la parole d’une promesse incontrôlable. La bible résume son attitude « Abram crut à l’Eternel qui le lui imputa à sa justice » Gen 15,6. Il est tout entier tourné vers l’avenir : il inaugure l’ère des promesses, l’ère des croyants.
C’est Dieu qui choisit, appelle : il faut étendre ce récit ; Dieu choisit ceux qui cherchent la vérité. En ce sens l’histoire du salut est marquée par un choix, une vocation. Et dans le cas d’Abraham, c’est toute une histoire qui commence dont Dieu a la pleine et totale initiative, dont ne comprend l’ampleur qu’à la fin des temps. Quelle destinée lorsqu’on regarde à la loupe ces 4 versets ! Dieu n’est pas dans le passé, il surgit devant nous. Abraham, le père de notre foi, nous redit que la vie de foi est une vie nomade, une vie de désinstallés, dont Dieu a eu l’initiative lorsqu’il a parlé à Abram, lorsqu’il l’a arraché à son pays.
La vie de foi est une errance ? Non car c’est l’Amour de Dieu qui choisit, appelle et guide. Le croyant est habité par cet appel qui sans cesse le remet en route Le croyant est le contraire de celui qui sûr de lui, croit savoir. Au contraire, il est celui qui fait crédit, qui fait confiance à une parole. Abraham part : c’est la condition donnée à la plénitude du don de Dieu, à l’épanouissement de sa personne en une descendance. Le chemin qu’il va prendre lui est totalement inconnu : il est dans la main de Dieu.
Faire fond sur Dieu : suppose la foi dans son Amour, une foi qui met en route tout en désinstallant. Ce qui peut être décourageant c’est que cet amour ne cesse de nous mettre en route et de nous désinstaller. Aussi nous suffit-il de croire en Dieu : tout alors viendra de Dieu pour que la route soit ouverte et possible. Avec Abraham c’est déjà le salut en marche : après la désobéissance d’Adam Dieu va initier doucement les hommes au « oui ». L’histoire d’Abraham s’ouvre sur l’exécution de l’ordre de Dieu : « va-t-en de ton pays »
Notons en passant qu’avec cet ordre, il y a 5 mentions de la bénédiction qui ne sont pas des anecdotes mais la révélation du mystère de l’appel de Dieu..
L’histoire de l’obéissance commence par une histoire de Foi..
La bénédiction : le bonheur promis à Abram n’est pas pour lui seul, il le dépasse : « en toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Pour lui, en quoi consiste ce bonheur d’être appelé par Dieu ? C’est sur son chemin de vie qu’il va découvrir, au fil de sa marche avec Dieu et progressivement, qui est ce Dieu qui l’appelle et comment et combien il le comble. Cette révélation va se poursuivre jusqu’à Jésus-Christ et sa proclamation du Royaume d’amour de Dieu dans lequel tous les hommes sont invités à dire « Notre Père »
Nous sommes tous, filles et fils d’Abraham. Chaque fois qu’aujourd’hui encore une femme ou un homme se lève et répond à cette phrase initiale : « quitte ton pays, ta parenté, et la maison de ton père », une nouvelle histoire d’Abraham voit le jour et nous découvrons Abraham au milieu de nous.
Pensons à mère Thérésa, à l’abbé Pierre, aux moines de Tibhérine, au père Damien. C’est par eux que la bénédiction divine descend sur la race humaine. Invitation, pour nous, à poursuive notre propre exode. _ « Quitte » toutes tes sécurités. Le reste te sera donné comme une bénédiction. L’aventure du patriarche commencée par un appel à la rupture est invitation à s’engager dans un avenir pour le moins problématique. La réponse d’Abraham à cet appel d’un Dieu personnel et déconcertant, nous est donnée dans un raccourci de deux versets : disponibilité immédiate dans la confiance, au prix d’un dépaysement radical, « il part comme le Seigneur le lui avait dit » ! C’est, après bien des avatar, qu’il découvrira en qui il a mis sa foi. Abraham n’est pas un illuminé plus ou moins charismatique. Il part à la découverte du Dieu dont il ne sait rien encore. Il ne chausse pas un Dieu à sa pointure !
C’est à cette expérience de foi, expérience de Dieu que nous sommes invités. Sans partir, sans mettre en pratique le « va-t-en » nous ne pourrons jamais connaître qui est Dieu. Comment traduire pour moi aujourd’hui le « va-t-en ». Que signifie-t-il pour moi ?

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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