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16e Dimanche C - Genèse 18, 1-10a

1ère lecture : Genèse 18/1-10a

Suggestion : lire jusqu’au v. 15.
18

1 Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour.
2 Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui.
Il vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. 3 Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. 4 Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. 5 Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! »
Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. »
6 Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il dit :
« Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes. »
7 Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. 8 Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient.
9 Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? »
Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. »
10 Le voyageur reprit :
« Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »
Or, Sara écoutait par derrière, à l’entrée de la tente. 11 – Abraham et Sara étaient très avancés en âge, et Sara avait cessé d’avoir ce qui arrive aux femmes.
12 Elle se mit à rire en elle-même ; elle se disait :
« J’ai pourtant passé l’âge du plaisir, et mon seigneur est un vieillard ! »
13 Le Seigneur Dieu dit à Abraham :
« Pourquoi Sara a-t-elle ri, en disant : ‘Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, vieille comme je suis ?’ 14 Y-a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? Au moment où je reviendrai chez toi, au temps fixé pour la naissance, Sara aura un fils. »
15 Sara mentit en disant : « Je n’ai pas ri », car elle avait peur.
Mais le Seigneur répliqua : « Si, tu as ri. »

A propos de cette lecture :

On peut se demander quel lien peut avoir ce texte de la Genèse avec l’évangile de ce dimanche, Marthe et Marie accueillant Jésus ? ( Lc. 10, 38-42) S’agit-il ici simplement d’un devoir d’hospitalité ? Se limiter à ce seul aspect ferait oublier l’essentiel ou passer à côté.
Nous avons ici une des plus belles pages de la Genèse. Dieu rend visite à son peuple dans la personne d’Abraham ; il le rencontre, en son âge avancé, au cœur de son indigence à savoir la stérilité de son couple. Michaux dans « Les Patriarches » écrit : « A Mambré la tradition sacrée rapportait que trois êtres célestes étaient apparus un jour à un personnage illustre de la région et lui avaient annoncé la naissance d’un fils…Lorsque Mambré fut devenu le centre de ralliement des groupes du clan d’Abraham, le dieu du clan fut assimilé à El, le dieu du sanctuaire de Mambré. Abraham et Sara devinrent les hôtes d’El et de ses compagnons divins ; la naissance promise fut celle d’Isaac ».

Qui sont ces visiteurs ? Tantôt on parle d’eux au singulier « Monseigneur », puis au pluriel. Tantôt ils répondent ensemble : « Fais donc ce que tu as dit. » v.5.
Les trois s’intéressent à Sara et demandent : « Où est Sara ? ». Comment connaissent-ils que l’épouse d’Abraham s’appelle ainsi ? C’est au cours du récit qu’on va découvrir leur identité non seulement mystérieuse mais divine. C’est la promesse aussi étonnante qu’inattendue qui révèle leur identité et leur mission divine auprès d’Abraham, « le père des croyants ». Elle ressaisit l’expérience du croyant qui découvre cette présence inattendue de Dieu. Et en raison de l’accueil qu’il lui réserve, la promesse devient pour lui source de fécondité, de vie et d’avenir.

Le narrateur commence son récit « par un ‘sommaire’ qui fournit aux lecteurs une information essentielle : c’est le Seigneur qui apparaît à Abraham (18/1). Au verset suivant, le narrateur adopte la perspective d’Abraham : il voit s’approcher, quant à lui, trois hommes (v.2). Aussitôt se posent une série de questions : le Seigneur est-il l’un des ‘trois hommes’ ? Les trois hommes sont-ils des messagers ? Abraham et Sara reconnaîtront-ils le Seigneur ? Le récit ne donne pas de réponse univoque à ces questions. L’alternance bien connue entre le singulier et le pluriel est un des éléments qui rend l’interprétation malaisée. Bien que le Seigneur lui-même prenne la parole, selon le v.13, le récit finit sans acte de reconnaissance (…) En fin de compte, le récit laisse le lecteur devant une énigme qu’il est seul à pouvoir résoudre, une énigme qui traverse d’ailleurs toute la Bible : comment reconnaître la valeur proprement théologique d’un événement ? » Cahiers Evangile, n° 107, p.39.

Dans cette visite, s’il est important de remarquer l’extraordinaire hospitalité d’Abraham, il faut souligner avant tout que c’est Dieu qui rend visite à son peuple, Dieu qui s’invite chez les hommes dont il veut se faire proche. Jésus viendra relayer et concrétiser cette promesse d’une proximité de Dieu et la vivre et la réaliser en sa personne.

Dans ce récit nous pouvons distinguer trois temps : la présence des trois personnages qui interviennent brusquement. Mystère que cette présence abrupte !
Cette présence provoque l’accueil chaleureux d’Abraham qui leur prépare un repas ; il ne demande pas qui ils sont ni d’où ils viennent ni le but de leur voyage.
Dans le troisième temps, survient la promesse inespérée d’une descendance et la question : comment d’un corps vieux et d’un sein fermé Dieu peut-il encore faire jaillir la vie ?
Les traditions orientales ont développé un sens affiné de l’accueil de l’étranger et voient en lui un envoyé de Dieu qu’on entoure d’un soin tout particulier. Celle d’Abraham est celle d’un cheik.
Saint Benoît voit, dans l’arrivée d’un hôte, un envoyé de Dieu et tout s’arrête à partir du moment où il se présente à la porte du monastère : « dès qu’un hôte est annoncé, le supérieur et les frères iront l’accueillir avec une charité toute prête au dévouement…on se prosternera à terre de tout le corps, pour honorer en eux le Christ, puisque c’est lui que l’on reçoit en eux. Pour honorer l’hôte, le supérieur rompra le jeûne, à moins qu’il ne s’agisse d’un des jeûnes principaux que l’on ne saurait transgresser » Règne de St Benoît, chap.53.

Toute l’histoire d’Israël parle d’Abraham et trace de lui différents portraits qui au fil des temps s’ajoutent les uns aux autres et continuent de vivre dans la tradition juive, islamique et chrétienne. Lorsque à l’époque de David, l’auteur biblique relit et ré-interprète l’histoire d’Abraham il fait passer le patriarche à Mambré, un lieu-dit d’Hébron la ville du roi David, pour souligner que celui-ci est bien de la descendance, au moins spirituelle, d’Abraham. La promesse d’une descendance qui fut faite au patriarche a lieu à Mambré, là où depuis longtemps déjà, l’on racontait l’histoire d’une « annonciation ». Selon l’auteur biblique, Abraham n’a pas peur des étrangers, contrairement à d’autres personnages de l’époque. Son sens de l’hospitalité lui fait percevoir en tout étranger l’image de son Dieu, au point de valoir la bénédiction divine d’une descendance dont nous sommes, puisque Abraham est pour tous les croyants notre Père dans la foi.

« On s’étonnera moins de l’anthropomorphisme qui fait manger Yahvé lui-même en présence d’Abraham, c’est le signe d’une haute époque où les relations du fidèle avec son Dieu personnel étaient empreintes d’une grande familiarité » P. M. Guillaume dans Ass. du Seigneur 47.
Dieu s’invite chez les hommes pour leur annoncer la Bonne Nouvelle, ici pour Abraham ce sera la naissance d’un enfant dans un an ; à Marie, sœur de Marthe, d’être à l’écoute de la révélation du cœur de Dieu que lui fait Jésus et pour nous quelle sera cette Bonne Nouvelle ?

Le message du texte exalte la vertu d’hospitalité. La pratiquer, c’est devenir vraiment descendant d’Abraham, vouloir être digne de lui. La Règle de saint Benoît affirme qu’elle est la première vertu de tout moine. Ajoutons, et de tout croyant. Il nous est proposé de vivre au rythme de celles et ceux que nous rencontrons et accueillons. La conviction que l’hôte représente Dieu nous invite à accorder volontiers aux autres notre temps, notre maison, notre table, nos biens…nous pourrons y découvrir un Dieu proche.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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