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15e Dimanche C

15ème Dimanche du T.O. -C-

Avoir la perspective d’un héritage est stimulant. Comment faire pour être inscrit sur la liste des héritiers quand il s’agit d’une vie heureuse et éternelle ? La réponse de Jésus est simple : aimer Dieu du mieux possible et aimer son prochain comme soimê-me ? « Fais ainsi et tu vivras. »
La réponse est trop simple. Le Docteur de la Loi n’est pas spécialiste pour rien. Il relance la réflexion : « Qui est mon prochain ? » Pour nous, la réponse est simple.
* Le prochain, c’est la famille proche et élargie, les voisins de quartier, les collègues de travail, les groupes d’amis dans les établissements scolaires, une famille spirituelle.
* Des mouvements de solidarité ponctuels surgissent en cas de catastrophe ou d’attentats. Des donneurs de sang se présentent spontanément dans les hôpitaux.
* Quand notre prochain est victime d’un sinistre. On pare au plus pressé. Il arrive que certains dégâts soient pris en charge par l’Etat et les Assurances.

Au-delà de cette proximité, il y a les gens dont on entend parler et ceux que l’on croise sans les voir. Pour une raison ou pour une autre, des gens tombent dans la misère. Sans visage, ils entrent dans les statistiques. L’espace de nos relations peut être vaste mais il y a toujours une clôture.

La misère est comme la mauvaise herbe dans les jardins. Quand on l’arrache, elle repousse. On n’en vient jamais à bout, et toujours la société s’organise.
Dans les siècles passés, dès qu’une misère prenait un peu d’ampleur une congrégation religieuse naissait pour l’affronter. Aujourd’hui, ce sont des organisations non gouvernementales (ONG) qui interviennent sur le terrain avec des personnels qualifiés, encadrés par un personnel administratif qui recherche des fonds. Ce qui fait que nous recevons tous les jours par la poste des demandes de secours, avec photos à l’appui. En répondant, nous luttons contre la misère par personnes interposées.

Il arrive aussi que nous nous trouvions brutalement en face d’une détresse. Il était une fois un monsieur ordinaire dans les rues de Laval. Il est abordé par un inconnu, un monsieur banal. Sa tenue n’est ni recherchée ni négligée. Il demande un euro. Pas de chance ! Le monsieur ordinaire n’a pas un euro sur lui ; il n’a que quelques billets de 10 euros. Et donc… chacun continua son chemin. Voilà un fait divers à peine imaginé.
La misère croise notre route sans prévenir. On réagit par un réflexe de défense qui ferme notre cœur. Notre compassion est sélective. C’est vrai qu’il y a aussi des faux pauvres qui savent faire des affaires en exploitant la naïveté des gens.

A la question du docteur de la Loi, Jésus a répondu par une histoire, celle du bon Samaritain.
Voilà donc un homme dont on ne sait rien. Victime d’une agression, il s’est défendu. Dépouillé, roué de coups, inconscient, il est dans le fossé, incapable de demander du secours. Un prêtre et un lévite passent par là et continuent leur route en faisant un écart. Ils ont une bonne raison. Toucher du sang ou un cadavre les aurait rendu légalement inaptes, impurs, pour faire leur travail au temple.
Détesté par les Juifs, le Samaritain a lui aussi de bonnes raisons de continuer sa route. Que les Juifs se débrouillent entre eux ! Mais il est pris de compassion. Il n’a pas vu un Juif (traditionnellement détesté) mais une personne en danger. Il s’approche, assure les premiers soins, et le conduit dans une auberge.

Des commentateurs voient dans cette auberge une Eglise accueillante aux misères du monde mais on pourrait aussi y voir l’image des policiers, des pompiers formés pour faire face à ces situations ou encore l’image d’une organisation humanitaire.
L’histoire aurait pu en rester là, mais le Samaritain garde le contact. Il s’intéresse au blessé. Il ne se contente pas d’un dépannage. Une relation humaine s’établit et l’aubergiste entre dans cette relation.

Le comportement de ce Samaritain interroge nos réactions devant toute misère qui nous affronte. Ne serait-il pas aussi la référence pour tous ceux qui, de par leur profession, sont au contact quotidien avec la souffrance.
Celui qui bénéficie d’une aide sait faire la différence entre le professionnel qui inter-vient parce qu’il faut bien gagner sa vie et celui qui est habité par une humanité bienveillante.

Alors que la misère ferme des portes et élève des frontières, l’évangile demande qu’on crée des liens. Dans sa réponse Jésus abat toutes les clôtures. Qui est mon prochain ? Jésus inverse la question. Je me fais proche de qui ? Dans cette proximité, il y a le temps de la compétence technique et le temps de la relation humaine.

Pour vivre, nous avons besoin de racines qui nous donnent une identité et aussi de relations durables qui nous sécurisent. Elles ne doivent pas nous enfermer et rétrécir notre horizon.

Finalement, cet évangile interroge tous les acteurs de toute profession. Quelle que soit l’activité professionnelle, elle permet de gagner sa vie et aussi de rendre la vie des autres plus humaine.

Je me fais proche de qui ? Si nous ratons beaucoup de réponses, l’évangile aura fait son travail si nous acceptons de vivre avec la question.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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