15e Dimanche C


15e Dimanche C

2ième lecture : Colossiens 1/15-20

15 Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature,
16 car en lui tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles, Trônes et Souverainetés, Autorités et Pouvoirs. Tout est créé par lui et pour lui,
17 et il est, lui, par devant tout ; tout est maintenu en lui,
18 et il est, lui, la tête du corps, qui est l’Eglise. Il est le commencement, Premier-né d’entre les morts, afin de tenir en tout, lui, le premier rang.
19 Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la plénitude
20 et de tout réconcilier par lui et pour lui, et sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix.

A propos de cette lecture :

Durant quatre semaines, nous allons lire la Lettre aux Colossiens. Si elle est très brève (quatre chapitres seulement), elle est très riche et importante par sa théologie.
La cité de Colosses se trouve à 200 km d’Ephèse. La communauté avait été fondée par Epaphras. Captif à Rome, Paul avait reçu la visite d’Epaphras qui lui avait fait le compte rendu de la vie de la communauté et des courants novateurs qui pesaient sur la foi de ses frères Colossiens. La communauté est en crise : des courants philosophiques hérétiques répandent des fausses doctrines qui mettent en question la divinité, la personne, la fonction du Christ et son enseignement.

Selon eux, l’énergie divine (la plénitude, dira Paul) se répandait par degrés vers les anges, les hommes et la matière. De faux docteurs préconisaient l’existence de « démiurges », cad des êtres spirituels intermédiaires entre Dieu et les hommes. Ils plaçaient Jésus Christ quelque part dans cette hiérarchie. En d’autres termes, ils « mettaient mains basses » sur Jésus Christ. Paul s’insurge contre ces hérésies touchant principalement la personne de Jésus Christ. Ce qui explique la teneur christologique de la lettre. Tout est centré sur le Christ, sur la fragilité de son mystère humain, image du Dieu éternel et invisible. Cette coexistence entre son humanité et le Dieu invisible est difficilement comprise et remise en question régulièrement déjà au temps de Jésus et aux débuts de l’Eglise. Elle l’est encore aujourd’hui mais de manière plus insidieuse, qui nous empêcheraient d’incarner la foi et le Royaume. C’est l’unité de son humanité et de sa divinité, dans sa personne, qui est sans cesse mise en question. C’est d’ailleurs pour ce motif qu’il a été mis à mort : « il a dit qu’il était Dieu ».

Paul frappe fort : le Christ n’a rien à voir avec ces créatures intermédiaires, « il est l’image du Dieu invisible, premier né de toute création, en lui tout a été créé, dans les cieux, sur la terre, les visibles, les invisibles, les Trônes, Seigneuries, Principautés, les Autorité ; » et il ajoute encore : « toutes choses par lui et pour lui ont été créées et lui est avant tout et toutes choses en lui subsistent ».
C’est une belle exaltation de la divinité du Christ que Paul proclame : la foi est menacée il s’agit de mettre les pendules à l’heure : il décrit le Christ comme créateur : « le mot invisible qui caractérise le Père suggère que le Christ est l’image en tant que représentant visible de Dieu, éternellement engendré comme image parfaite du Père ». Paul montre que les anges ou pouvoirs invisibles (v 16) « qu’on les prenne dans la bible, ou chez les conteurs de gnose, avec leurs Trônes, Autorités, Principe, ne sont rien à côté du Christ ». (Bible des Communautés)
C’est par une profession de foi en Christ sous forme d’hymne célébrant sa grandeur universelle. On retrouve dans ce passage la présence d’hymnes liturgiques de l’Eglise primitive.
Paul redit sa foi au Christ et donne une ébauche de la doctrine du Corps du Christ dont il est la tête.
C’est la primauté du Christ qui est ici chantée avec clarté et conviction, en deux strophes : la première chante le Christ premier né dans l’ordre de la création et la seconde le Christ premier dans l’ordre de la résurrection.
« Il est l’image du Dieu invisible » : Dieu depuis toujours a été l’invisible, il est celui que l’homme ne pouvait voir. C’est de ce Dieu que Christ est l’icône parce que le Fils unique ressemble au Père et ne fait qu’un avec lui. Il est l’image parfaite du Père et de sa miséricorde. Il révèle tout de Dieu. « qui m’a vu a vu le Père », « les œuvres que je fais sont celles du Père ». Tout en lui dit Dieu dans son humanité elle-même.
Il est le « premier né » non seulement comme fils du Père au cœur de la Trinité, mais aussi premier né de toute la création, antérieur à tout, mais aussi comme prototype de l’humanité nouvelle qu’il est lui même venu inaugurer.
On songe à Jean 1,1 « au commencement était le Verbe » : toutes les réalités trouvent en lui leur sens, leur cohésion. Les réalités visibles comme les invisibles sont par lui et pour lui.

« En disant avec Paul que le monde a été créé par le Christ, nous comprenons qu’il a été créé non seulement par le Verbe mais par le Verbe en tant que destiné à devenir le Christ. Dire que le monde a été créé par le Christ au lieu de dire par le Verbe, consiste à mettre dès le début toute la création sous le signe de l’Incarnation » Paul Lamarche dans Assemblée du Seigneur-46.
C’est par le Christ que Dieu a tout fait, et c’est pour lui qu’il a tout fait. Notons au passage l’insistance sur « tout » : tout est par lui, pour lui, Christ est tout pour nous.
C’est en lui que les réalités créées trouveront leur cohésion, se résument, subsistent et continuent d’exister. Il n’est donc pas nécessaire de recourir à ces « pouvoirs invisibles », le Christ suffit à lui seul de par ce qu’il est dans l’ordre du monde.

La seconde strophe met en parallèle l’œuvre créatrice et la primauté du Christ dans son œuvre rédemptrice : il est la tête du Corps de l’Eglise qu’il sauve en la rassemblant. Il s’est fait le principe, le fondement d’un nouvel ordre en se faisant le premier né d’entre les morts.
La révélation de Dieu dans le Christ livré « s’achève et s’atteste en rassemblant les croyants de toutes conditions et de toutes provenances dans un corps social dont chaque membre vit pour tous les autres, en s’effaçant devant eux, en leur donnant de soi ; dont tous les membres se supportent mutuellement, s’aidant les uns les autres à croître et à grandir , à l’image du Christ portant nos maladies et nos infirmités, dans un corps qui accepte les différences mais non les divisions ni les inégalités ni les exclusions, qui croît donc et s’accroît dans la dimension de l’universalité » (Moingt-Dieu qui vient à l’homme-p423)
C’est donc à juste titre que Paul appelle la communauté Corps du Christ : « elle est la visibilité permanente de ce que Jésus a été et demeure dans son corps passé par la mort et la résurrection, maintenant affranchi des limite. Elle est l’extériorité de sa présence maintenue en Esprit au milieu des siens » Moingt p 423
Et Aletti parle « d’une expérience très concrète, celle de l’apôtre : Jésus Christ est reconnu comme le révélateur parfait de Dieu par et dans le Corps même qu’il s’est agrégé et dont il est l’unique nécessaire »
En lui habite la plénitude de la divinité qui se déploie aussi bien dans son œuvre de création, d’incarnation, de rédemption que dans celle de l’Eglise. Par lui l’Eglise devient »corps du Christ ».
Le Christ est médiateur unique entre Dieu et les hommes en tant que Dieu que et toute la création se résume en lui. Si nous cherchons à intégrer le Christ dans un système humain indépendant de la Bonne Nouvelle apportée par lui, nous le soumettons à notre raison.
« Il a plu à Dieu que le « tout » se retrouve en lui » : le tout de Dieu et le tout de l’univers est en lui pour être donné à l’univers et à l’humanité.
L’Eglise est la manifestation de la présence d’un Dieu qui « prend soin » de l’humanité en la réconciliant une fois pour toute avec Dieu, grâce au Christ. Elle continue son œuvre par les sacrements, en particulier ceux de l’eucharistie, et de réconciliation. Alors que c’est le Christ qui est « les prémices »
Le témoignage de nos vies prêche-t-il un Dieu immuable, intangible, un Dieu qui serait une espèce de moteur immobile ou bien annonce-t-il le Dieu révélé sur le visage de Jésus de Nazareth, dans sa vie, son enseignement, sa mort et sa résurrection ?

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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