15e Dimanche A

  • Romains 8:18-24
  • 18 J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. 19 Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : 20 si elle fut assujettie à la vanité - non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise - c’est avec l’espérance 21 d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. 22 Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. 23 Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps.

Feuillet disait lors d’une conférence que le chapitre 8 est comme un sommet spirituel de l’épître aux Romains. La première section a mis en relief l’initiative de Dieu le Père, la deuxième section souligne l’incorporation au Christ Jésus. Cette troisième section met en évidence le rôle de l’Esprit Saint, l’Esprit du Père et du Fils.
Teilhard se demandait : « le projet créateur de Dieu est-il prioritaire ou secondaire par rapport au projet rédempteur ? ». Certains disent que dans cette épître il vaudrait mieux parler de projet de la justice de Dieu. La réponse est évidente et Teilhard aura eu le mérite de nous aider à mieux comprendre que l’Incarnation n’a pas pour but de faire un recollage ce qui avait été cassé par Adam.

Les tensions que nous ressentons, et l’Apôtre PAUL en est bien conscient, sont le signe que notre Univers est en état de crise permanente. Ces tensions qui travaillent le cosmos ne sont pas absurdes, c’est d’ailleurs la même attente qui hante confusément toute la création. L’être humain apparaît comme l’interprète conscient de cette croissance universelle, qu’il compare pare à un long enfantement, à une gestation, à un engendrement.
Pour lui , il n’y a pas que le sentiment de l’échec et de l’absurdité de la vie qui hante aujourd’hui le cœur humain : « les mêmes tensions contradictoires travaillent tout le " cosmos " et la même tension, en même temps que la même attente secrète d’un Aboutissement travaillent confusément la création entière et le mouvement de l’Histoire. »
Paul combine les espérances des prophètes avec « un enseignement om se résume le meilleur des observations faites par les sages » Dubarle

La « filiation » divine, la merveilleuse « adoption d’amour » dont nous sommes l’objet, ne suppriment pas toute souffrance sur terre. Nous restons soumis, comme ceux qui ne croient pas, à toutes sortes d’épreuves. Mais elles prennent un « sens » : nous savons qu’elles aboutiront à la « gloire qui doit se révéler ».

Avec Adam le péché entre dans le monde. Avec Moïse vient la loi. Cette loi a comme effet que le monde s’enfonce encore plus dans le péché : péché qu’on va imputer au pécheur.
Un constat : la présence du mal : il me devance, je peux y consentir mais je ne le crée pas. Il est extérieur à moi. « C’est au cœur de cette situation qu’on peut dire dramatique que se produit l’acte sauveur par excellence : la mort suivie de la résurrection. C’est là que nous nous trouvons, dès à présent justifiés bien que le salut dans sa plénitude n’existe encore qu’en espérance » De Brock.
L’engendrement du monde est en cours, il faut veiller dans l’espérance.

V 19 : « La création aspire de toutes ses forces à voir la révélation des « fils de Dieu ».
Le monde est « tendu » vers... Il avance vers... Il a un Sens... II attend le moment où se révélera la glorification des fils de Dieu. C’est un moment d’attente intense. Il « aspire »... Et ce n’est donc pas une « attente passive » l’homme a un rôle dans la création, c’est d’exprimer cette « aspiration profonde », et de travailler à la faire aboutir. C’est toute la création qui participe à la gestation de l’univers nouveau et par le fait même fait avancer cette « révélation des fils de Dieu », et progresser les hommes dans cette dignité et cette conscience d’être « fils de Dieu ».
Faire progresser les hommes dans la correspondance de leur vie à cette dignité de « fils de Dieu

V20 : la création assujettie à la vanité : c’est le non –sens dans lequel l’humanité s’enfonce malgré tout sans prendre conscience de l’impasse dans laquelle elle s’enfonce : elle s’est détournée du Créateur livrant la création à elle même et « au pouvoir du néant », alors que celle-ci n’est pas responsable : elle subit cet état de fait malgré elle, « comme à contre cœur ».

V21 : l’espérance d’être libérée : cet état de dégradation ne durera pas indéfiniment , il doit prendre fin et c’est dans la persévérance que sera manifestée cette espérance.
Que sera l’avenir de la création ? Il sera solidaire de celui de l’homme dont nous savons déjà qu’il aboutit à la résurrection.. La résurrection sera notre naissance.
« Notre Espérance apparaît ici comme l’Attente concertée de ceux qui sont en communion avec le Christ et qui travaillent à une transfiguration totale de l’univers, réconcilié avec le Projet d’amour créateur du Dieu Vivant. Nous en avons seulement, dans la foi , le dévoilement. Si nous n’en avions plus à vivre la découverte, nous n’aurions plus à l’espérer ! Voir ce que l’on espère, ce n’est plus espérer ! C’est la persévérance qui nous donne de participer déjà activement à la promotion d’une Terre nouvelle , où la Justice enfin habitera ! (2P 2,13) » Armilde Ruelle.

V22 : « nous le savons toute la création gémit… » : Paul est convaincu « de la solidarité de destin entre l’homme et la nature. » Paul unit dans une même gestation douloureuse les souffrances de l’humanité et les soubresauts de l’univers.
Lé résurrection sera l’aboutissement , la nouvelle naissance de tout l’univers.

Et l’Église de JÉSUS CHRIST continue de vivre ces tensions, mais dans l’ESPÉRANCE, car nous n’avons pas la claire vision de l’Aboutissement plénier du Projet d’Amour du Dieu Vivant. Nous en avons seulement, dans la Foi, le Dévoilement. Si nous n’en avions plus à en vivre la découverte, nous n’aurions plus à l’espérer ! Voir ce que l’on espère, ce n’est plus espérer ! C’est la persévérance qui nous donne de participer déjà activement à la promotion d’une Terre Nouvelle, où la Justice enfin habitera ! (2 Pierre 2, 13 ) Et notre Bonheur ﷓ celui des Béatitudes ﷓sera d’en avoir été ﷓ parfois à notre insu ﷓ les artisans ! .. . Autant savoir ! Pour un surcroît de notre Bonheur ! C’est seulement plus fatiguant.. .

De l’ouvrage du Père Henri de LUBAC sur " La Pensée religieuse du Père TEILHARD de Chardin ", (Paris, éd. Aubier, 1962, pp. 149 et suivantes)
" Si le P : TEILHARD met un certain rapport organique entre l’évolution du cosmos et la croissance du Corps Mystique. . , il n’a pas absorbé le surnaturel dans la nature, ni réduit la vie éternelle à un avenir humain. . . A ses yeux, une double victoire est assurée. La première est la victoire de l’Esprit sur la Matière. L’Esprit est né dans le Monde avec l’ Homme, et il ne périra pas . . . l’ESPRIT arrivera toujours, comme il l’a fait jusqu’ici, à se jouer des déterminismes et des hasards. Il représente la portion indestructible de l’Univers ! I1 se fait une intensification de conscience. L’Univers se personnalise . Tout monte vers un sommet définitif. Or, en se greffant sur cette première victoire, une seconde n’est pas moins assurée : la victoire du CHRIST ressuscité, dont le Plérôme ( la Plénitude )sera un jour accompli . Et l ’assurance que nous en recevons de notre Foi ﷓ quoique laissant, subsister à leur niveau toutes les anxiétés de la condition humaine ﷓ renforce et garantit notre assurance de la victoire de 1 ’Esprit. Le succès biologique de l’ Homme ne peut donc être pour le chrétien une simple possibilité : c’est une certitude absolue . . .
Le cosmos se bâtit, physiquement, à partir de l’ Homme, par des grandeurs morales. Autrement dit en l’Homme, l’évolution s’intériorise : ce qui ne signifie pas seulement qu’elle devient plus consciente, mais aussi, parle fait même, qu’elle se moralise, ﷓ voire se mysticise, car la mesure d’une Ethique est sa capacité de fleurir en mystique ﷓ et se charge de liberté. Ce qui ne signifie pas évidemment que les hommes accompliront le bien par une impulsion nécessitante, mais, tout au contrai re, que le bien se présente à eux comme une exigence morale. Ainsi, la morale et la sainteté prennent une signification organique et essentielle dans l’économie du devenir universel. Avec 1 ’Homme, 1 a Vie est entrée dans 1 ’âge de 1 a liberté réfléchie. Ce qui était jusque là poussée aveugle vers un progrès infaillible est devenu pouvoir d’arrangement réfléchi et progrès offert. Et la réalisation effective de ce progrès ne peut être qu’ Une montée dans l’improbable par triomphe de la liberté : émerger dans le domaine de l’intelligence, c’est donc, par définition, émerger dans le domaine non seulement de 1a prévision, mais aussi de la liberté. „

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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