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14e Dimanche B

14ème Dimanche du T.O. -B-

Où cela peut-il nous conduire de mettre en vis à vis ce qu’ont vécu Ezékiel et Jésus ?

Ce qui arrive à Ezéchiel. En 597 avant J.C. le roi Nabuchodonosor s’empare de Jérusalem. Le roi, les chefs militaires, les artisans et bon nombre de prêtres sont exilés en Chaldée (Irak du sud). Ézéchiel est l’un de ces prêtres. Dix ans plus tard Nab-chodonosor revient devant Jérusalem pour achever le travail. La ville est détruite, le temple pillé et une autre partie de la population rejoint la Chaldée.
Cette arrivée d’une nouvelle vague de déportés achève de détruire le moral de ceux qui sont là depuis 10 ans. Humainement parlant, le peuple de Dieu n’a plus d’avenir.

Ézéchiel était donc prêtre au service du Temple. Déporté parmi les déportés, déprimé parmi les déprimés, anonyme parmi les anonymes, il est assis au bord du fleuve Kébar et il songe aux jours d’autrefois, aux célébrations splendides dans un temple superbe. Maintenant, Dieu est parti sans laisser d’adresse et le voilà sans emploi, sans raison de vivre, essuyant peut-être les réflexions caustiques de ses compagnons de misère : Finalement, ton Dieu est un incapable.

Le moment venu, Dieu prend l’initiative de le tirer de sa torpeur : « Fils d’homme, tiens toi debout, je vais te parler. » C’est le texte d’aujourd’hui. Fils d’homme ! En l’interpellant ainsi, Dieu souligne la distance : il n’est qu’un homme en face de Dieu mais il est choisi pour allumer une espérance dans le peuple. Par deux fois, il lui signifie : « Je t’envoie » Qu’Ezékiel se secoue, qu’il se lève pour entendre la parole !

Honnêtement, Dieu commence par lui révéler ce qui l’attend : personne ne va l’écouter. « C’est une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi » - « Eux et leurs pères se sont soulevés contre moi. Les fils ont le visage dur et le cœur obstiné. »
Que le peuple écoute ou qu’il n’écoute pas, ce n’est pas le sujet. Il faut qu’il sache qu’un prophète lui parle. « Tu lui diras : ainsi parle le Seigneur Dieu. »
Ainsi, Dieu donne un prophète à son peuple en sachant qu’il sera rejeté.

En 538 av. J.C., les Juifs reviendront sur leur terre mais ils resteront désormais sous domination de quelques empires qui naîtront et disparaîtront les uns après les autres. Au temps de Jésus, la Palestine est sous domination romaine.

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Ce qui arrive à Jésus. Jésus commence son ministère à Capharnaüm, à une trentaine de km de Nazareth. Il y arrive probablement comme un inconnu. Peu importe. A Ca-pharnaüm, toute parole circule librement et Jésus dit ce qu’il a à dire.
Selon le récit d’aujourd’hui, il revient « dans son lieu d’origine ». Il s’agit de Naza-reth. L’expression souligne le fait qu’il vient dans un pays où tout le monde sait tout de lui, de son enfance à sa façon d’exercer son métier de charpentier.

Les gens de Nazareth sont d’abord de Nazareth ! Un village loin des centres du pou-voir et du savoir, inconnu dans l’empire romain mais célèbre en Palestine par son insignifiance « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » De certains villages ruraux qui vivaient autrefois fermés sur eux-mêmes, on pouvait dire : « Ils sont tous parents ; tous fâchés et ils tirent sur tout ce qui dépasse ! »
Cette période d’une trentaine d’années vécues à Nazareth, on l’appelle la vie cachée. Jésus a vécu à Nazareth sans se faire remarquer, assumant le mépris dont son village était l’objet. Façonné par ce village, il est un homme banal qui doit le rester.

Un jour, il est sorti de son village et il a livré un message neuf à Capharnaüm. Revenu à la maison, tout naturellement, le jour du sabbat, il se rend à la synagogue. Il connaît tous et chacun dans l’assemblée et il est connu de tous. Qu’il prenne la parole n’est pas surprenant mais ce qu’il dit ne ressemble pas à ce qu’on entendait d’habitude.
De nombreux auditeurs sont frappés d’étonnement : « D’où cela lui vient il ? » On ne s’explique pas comment il peut dire avec autorité de si belles choses. Il est prié de rentrer dans le rang. On peut se demander si cette mauvaise humeur de la population n’a pas abîmé la réputation de sa famille
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Voilà donc Ezékiel un homme du peuple de Dieu, mis à part par Dieu et voici Jésus, fils de Dieu, totalement absorbé par son humanité. Tous les deux sont tirés du silence pour dire une parole qui n’est pas reçue. Pourtant, que Dieu tarde à se manifester ne veut pas dire qu’il se désintéresse de ce que son peuple est en train de vivre.

Ce double regard sur Ezékiel et Jésus nous invite à regarder notre vie, secouée par l’épreuve, comme celle d’Ezékiel, ou sans relief comme celle de Jésus à Nazareth. Nous vivons mal ces situations mais il arrive qu’une parole de Dieu nous accroche, prenne racine dans notre vie, nous construise et nous rende capables de dire une parole opportune qui ne sera pas reçue… Ce qui n’est pas simple à vivre non plus !

- Le psaume 122 prend notre peine en charge : « Pitié pour nous, Seigneur ; notre âme est rassasiée de mépris. C’en est trop, nous sommes rassasiés du rire des satis-faits, du mépris des orgueilleux. »
Paul résume la situation et tire la conclusion : « Ma grâce te suffit. »
- Pour finir, un verset (156) du psaume 118 confirme que Dieu ne cesse pas de s’intéresser à nous. Il nous revient d’entrer dans son projet.
« Ta tendresse est sans mesure ; selon tes décisions fais moi-moi vivre »
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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