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14e Dimanche B

8 juillet 2012
14ème Dimanche du T.O. -B-

Paul a défendu la foi juive avec ardeur. Il s’est engagé à fond contre ces gens bizarres et dangereux qui prétendaient qu’un charpentier, crucifié légalement, était toujours vivant. Et puis un jour, ce crucifié, (ressuscité !) est venu bousculer ses plans sur le chemin de Damas. Remis sur pied, il a entrepris alors d’amener les juifs à devenir disciples de ce Jésus qu’il avait combattu.

Evidemment, il a rencontré de la résistance. Il n’avait pas épargné les chrétiens ; les juifs, restés juifs, ne l’ont pas épargné. Les violences verbales et physiques qu’il a subies ont marqué son parcours. Au chapitre 11 (22…), il fait la liste des soucis qui l’ont rongé, des supplices qu’il a endurés, des dangers qu’il a affrontés.
A côté de cela, il a vécu aussi des moments exceptionnels : visions et révélations du Seigneur (12,1).

Un tel parcours pouvait l’amener à se prendre pour un homme hors du commun.
Dieu a veillé au grain. C’est le texte d’aujourd’hui :
« Les révélations que j’ai reçues sont tellement exceptionnelles que, pour m’empê-cher de me surestimer, j’ai dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour m’empêcher de me surestimer. »

D’après le dictionnaire, une écharde est un petit fragment d’un corps quelconque qui s’introduit par accident entre la chair et la peau ou sous l’ongle.
C’est donc une espèce de quelque chose qui ne fait pas mourir mais qui fait partie de notre vie et qui continuellement nous agace et nous préoccupe. Puisque Paul ne précise pas de quelle écharde il s’agit, les spécialistes font des hypothèses :
une maladie. De fait, dans sa lettre aux Galates (4, 13-15) il reconnaît avoir eu une maladie « éprouvante pour son corps ».
Une déception qui le mine : le refus des Juifs d’accepter son message.
Une tache dans son passé. Toute sa vie, il se souviendra d’avoir poursuivi les chré-tiens avec frénésie et d’avoir été le témoin satisfait du meurtre du diacre Etienne.
Quand chaque matin, il prend la valise de sa vie pour faire son travail, il y a toujours dans un coin de sa valise cette écharde dont il aurait bien voulu se débarrasser.

Connaître la nature de l’écharde qui empoisonne la vie de Paul ne serait que de la cu-riosité. Apprenons au passage que chaque disciple du Christ a la sienne : chaque dis-ciple a sa faiblesse, tellement personnelle qu’il n’a pas envie d’en parler.

Paul avoue : « « Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit. » On peut comprendre : « Ma grâce te suffit pour que tu fasses ce que je te demande de faire. » La grâce ne détruit pas notre passé ; elle ne supprime pas nos points de faiblesse ; elle fait avec.

Il nous arrive d’être généreux. A force de vouloir rendre service, nous risquons de de-venir envahissants.
Il nous arrive de vouloir nous mettre au service de Dieu et de vouloir faire des choses pour lui. Nous lui demandons alors de nous donner ce qu’il faut pour réaliser… ce qui n’est que notre projet. Nous avons notre idée sur ce qui lui ferait du bien ! Nous lui imposons nos services, comme si nous savions ce dont Dieu a besoin.
Dieu veut rester le maître de son chantier. Seul, Dieu peut faire le travail de Dieu. Et il ne veut pas que l’homme qu’il prend à son service s’approprie le succès des opéra-tions. « Se surestimer » (deux fois dans le texte) est un vrai danger.

Ce que Dieu veut, c’est greffer sa vie sur la nôtre. Ce qu’il regrette, c’est que, trop souvent, notre énergie se fatigue pour des projets sans avenir. Je prends une com-paraison :

Il n’y a pas de voiture sans moteur. C’est le moteur qui fournit l’énergie mais il est a-veugle. Il est sous le capot. Il ne sait rien des chemins qu’il va prendre.
C’est celui qui tient le volant qui règle la vitesse et donne la direction.
Pour aller quelque part en voiture, il faut un moteur et un conducteur.
Si le moteur est en panne, le conducteur reste en plan. Si le moteur tourne en l’absence du conducteur, il consomme de l’énergie inutilement.
Pour faire ce que nous rêvons de faire nous n’aurons pas sa grâce.
Pour faire ce que Dieu attend de nous, « sa grâce nous suffit.
Il faut laisser Dieu se servir de notre énergie.
*
Il nous faut donc vivre avec une écharde et une greffe, avec un handicap et une force divine. Dieu ne regarde pas ce que nous avons fait, ou pas fait, dans notre passé, il regarde ce qu’il veut faire par nous.
Et Paul observe que malgré sa faiblesse, l’Eglise se développe et grandit.
Et cela l’émerveille.

La faiblesse de Paul le configure à la faiblesse du Christ. Au cours de sa vie publique, des gens n’ont pu voir en lui que le fils d’un charpentier. Il a connu l’extrême de la faiblesse pendant la passion. Paul partage cette faiblesse, mais il est conscient aussi de la force qu’il tient du ressuscité
« Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. »

En conclusion, essayons de prendre au sérieux le Notre Père, quand nous disons : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »
Que la grâce de Dieu qui nous est donnée par son Fils Jésus, nous suffise !

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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