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13e Dimanche B

13ème Dimanche du T O. -B-

Le livre de la Sagesse a été écrit à Alexandrie, en Egypte, quelques dizaines d’années avant Jésus Christ. L’auteur, un juif fidèle à la tradition biblique, est influencé par la pensée grecque. Dès les premières pages de son livre, il affirme ses convictions : Dieu fait l’homme immortel, le péché tue mais la justice donne accès à l’immortalité.

Le texte d’aujourd’hui dit ceci : « Dieu n’a pas fait la mort. (…) « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité. »
Le mot incorruptibilité ne fait pas partie de notre langage courant mais le mot corruption est devenu familier. En son sens premier, est corrompu ce qui commence à pourrir. Quand nous faisons nos courses, nous lisons sur certains emballages la date limite d’utilisation. Au-delà de cette date, la nourriture peut s’altérer. La désagrégation est la destinée de tout être vivant. Quand ce qui assure son unité ne fonctionne plus, il se désagrège. Corrompre, c’est ouvrir la route au pourrissement. Dieu n’a pas créé l’homme pour la corruption. Il ne se reconnaît pas dans la corruption.

Ce qui se comprend du corps humain se comprend aussi du corps social. Il arrive qu’un fait de corruption fasse la Une des journaux et tout le monde crie au scandale. Il arrive aussi que la corruption contamine sournoisement l’ensemble d’une société.

Quand les règles qui assurent le bon fonctionnement des relations humaines ne sont plus respectées, quand chacun décide en tenant compte seulement de son intérêt personnel immédiat, la société est corrompue. Dans un article de la Croix (25 avril 2015 p. 18), Mgr Dagens, évêque d’Angoulème souligne un danger qui menace notre société.
Après avoir évoqué les pressions que subissent les chefs d’entreprise et les calculs qu’ils doivent faire, il écrit ; « Ce à quoi on ne peut se résigner c’est que les calculs aient le dernier mot et que la raison calculatrice devienne une raison manipulatrice qui décide du sort des personnes sans contestation possible. (…) L’important, ce sont les personnes, la rencontre des personnes et la pratique de la confiance, et d’une confiance toujours risquée, avec des personnes qui doutent d’elles-mêmes.
Ce n’est pas de morale qu’il s’agit d’abord, c’est d’attention à notre humanité commune et au chaos qu’elle porte en elle. »

La relation harmonieuse entre deux personnes exige un effort de vérité et d’honnêteté de part et d’autre alors que les machines à calculer ne raisonnent pas. Suivre aveuglé-ment leurs conclusions ouvre un chemin qui conduit à la dictature des chiffres. Les relations humaines deviennent l’objet d’un trafic.

En face de ce danger, on peut regarder l’évangile.
Jésus a engagé ses apôtres dans une aventure invraisemblable. « De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19). Mais lui-même n’a pas vécu avec le souci de faire du chiffre. Pour se faire connaître, il n’a pas tenu des permanences ici et là pour guérir les éclopés du village. Aucun des évangélistes n’a fait le calcul de tous ses miracles. Au hasard des rencontres, Jésus a été attentif aux personnes. Il a créé avec elles une relation de vérité et de confiance. Il a guéri des corps souffrants, des intelligences in-quiètes (Nicodème) et des cœurs chavirés (la Samaritaine).
L’attention aux personnes se joue au niveau de la disponibilité avec les proches et au niveau de situations qui se déroulent hors de notre portée.

_ - Revenu de l’autre rive, Jésus est accueilli par une grande foule. Jaïre, un père de fa-mille, tombe à ses pieds et le supplie de le suivre chez lui : sa fille (12 ans) est mourante. Jésus change son programme et l’accompagne.
En cours de route, alors que la foule se presse autour de lui au point de l’écraser, une femme malade réussit à toucher son vêtement par derrière. Guérie, elle est prête à se perdre dans la foule mais Jésus l’interpelle et la rassure : « Va en paix. »
Averti du décès de l’enfant, Jésus ne renonce pas. Arrivé au domicile de Jaïre, il a du mal à s’approcher du lit mortuaire. Le rituel du deuil est enclenché et quand il dit que la jeune fille n’est pas morte, on se moque de lui.
Ces personnes en détresse ont fait un long chemin pour rejoindre Jésus et lui, il a du mal pour avoir le contact. Ou bien on se presse autour de lui ou bien on se moque.

- Le texte de Paul élargit notre regard.
Il demande aux communautés qu’il rencontre et donc aux chrétiens de Corinthe de venir en aide aux chrétiens de Jérusalem affrontés à une grande famine. L’Eglise de Jérusalem est l’Eglise Mère. On ne peut la laisser sans intervenir, chacun selon ses capacités. Mais à Corinthe, on a aussi des problèmes et Jérusalem est si loin !
Comment réagissons-nous devant les difficultés rencontrées par les chrétiens du Moyen Orient ? C’est dans ces régions que s’est développée la foi chrétienne.

Mgr Dagens écrit ceci ; « Quelle joie de reconnaître que l’Eglise catholique est d’a-bord constituée de personnes qui sont là, présentes, écoutantes, aimantes et capables de réchauffer les cœurs et de soigner les blessures et aussi de marcher dans la nuit a-vec des gens qui tâtonnent comme cela peut arriver à chacun de nous. »

Etre aux côtés de personnes pour qui on ne peut rien mais être là quand même ! Si l’histoire de l’Eglise est glorieuse, c’est parce qu’elle est l’histoire de sacrifices, d’espérances, de luttes quotidiennes pour assainir les situations de détresse où qu’elles se trouvent.
Selon une formule consacrée, il y a des gens qui se croient en dehors de l’Eglise et qui sont dedans et d’autres qui se croient dedans et qui sont dehors.

« Avec le soir viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie. (Ps 29)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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