13e Dimanche B

2ième lecture : II Corinthiens 8/7.9.13.15

7 Mais puisque vous avez de tout en abondance, foi, éloquence, science et toute sorte de zèle et d’amour que vous avez reçus de nous, ayez aussi en abondance de la générosité en cette occasion.
[] 9 Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ qui, pour vous, de riche qu’il était, s’est fait pauvre, pour vous enrichir de sa pauvreté.
[] 13 Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, mais d’établir l’égalité.
[] 15 comme il est écrit : Qui avait beaucoup recueilli n’a rien eu de trop, qui avait peu recueilli n’a manqué de rien.

A propos de cette lecture.

La vie d’une communauté n’est pas un fleuve tranquille aussi paisible qu’on pourrait l’espérer.
Paul a passé un certain temps de son ministère apostolique à Corinthe. Les relations qui l’unissent à la communauté viennent de traverser une crise extrêmement grave. L’orthodoxie de son enseignement est suspectée et la délation de ceux qui suspectaient l’authenticité de sa qualité d’Apôtre est allée jusqu’à Jérusalem. C’est pourquoi Paul va monter lui-même à Jérusalem.
Là, il va découvrir une communauté aux prises avec de grosses difficultés matérielles. Elle ne peut donc plus subvenir aux besoins des plus démunis. Comment en est-on arrivé là ? Après la mort d’Etienne, les menaces de persécution ayant provoqué la dispersion de la communauté, les ressources pour venir en aide aux pauvres du même coup ont tari et le manque se fait sentir cruellement.
Le souci des pauvres des communautés est primordial au cœur de Paul, c’est pourquoi il oublie les tracasseries dont il est l’objet de la part des Judaïsants et qu’il retourne à Corinthe en vue d’organiser une collecte d’entraide et de solidarité pour soutenir l’Eglise-Mère qui leur a fait connaître la Bonne Nouvelle. Pour lui, ce n’est pas seulement un geste de solidarité vis à vis de l’Eglise qui leur a annoncé la Bonne Nouvelle ; c’est surtout la mise en œuvre de la gratuité de Dieu dont les chrétiens de Corinthe sont largement bénéficiaires et qu’il s’agit de mettre en application : « vous avez reçu gratuitement, donnez vous aussi gratuitement. La gratuité de Dieu doit inspirer tous nos actes d’amour.
« La collecte aura ainsi permis à l’apôtre d’ouvrir une perspective non seulement sur l’insondable mystère de la rédemption opérée par le Christ mais aussi sur cet échange vital qui s’opère entre les membres du Corps du Christ, chacun ayant à aider les autres et étant aidé par les autres : solidarité et interdépendance qui caractérisent la « communion des saints. » J. Dupont dans Ass du Sgr 44/37
La communion des Eglises est à l’œuvre et cette fois ce sont les communautés filles qui viennent en aide à la communauté Mère.
On constate ici que la catholicité, l’apostolicité ne sont pas de vains mots mais sont vécus radicalement dans les communautés du bassin méditerranéen.

Les rôles semblent renversés. Dieu choisit volontiers le faible et le pauvre pour faire par eux de grandes choses. Le Christ a partagé avec les hommes les richesses débordantes de sa divinité et révélé ainsi combien Dieu comblait notre indigence humaine dans cette abondance de dons spirituels et autres.
Aujourd’hui près de nous des frères sont pauvres : l’exemple du Christ nous invite à rétablir une égalité de biens.

Il est toujours difficile de demander de l’argent et pour cela Paul fait appel à ses talents de diplomatie et de conviction.
Au départ il y a un fait historique : une famine a sévi en Judée et particulièrement à Jérusalem vers les années 46-48 après Jésus-Christ.
Flavius Josèphe rapporte qu’à cette occasion la reine Hélène d’Adiabène, petit royaume au nord du Tigre- manifesta sa générosité en faisant venir du blé d’Alexandrie et des figues sèches d’Egypte à Jérusalem.
La communauté de Jérusalem touchée par la pauvreté il faut donc s’organiser. Antioche de Syrie montre l’exemple. Les Actes le rapportent, ch. 11, « 27 Or en ces jours-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. 28 Et l’un d’entre eux, nommé Agabus, se leva et déclara par l’Esprit, qu’une grande famine aurait lieu dans toute la terre habitée, laquelle aussi eut lieu sous Claude. 29 Et les disciples, chacun selon ses ressources, déterminèrent d’envoyer quelque chose pour le service des frères qui demeuraient en Judée : 30 ce qu’ils firent aussi, l’envoyant aux anciens par les mains de Barnabas et de Saul. »

,Paul attache beaucoup d’importance à cette collecte. Pourquoi ?
Lui qui s’est consacré à l’évangélisation des païens a toujours manifesté le désir de rester en lien avec l’Eglise mère de Jérusalem. Puisque c’est d’elle qu’est venue la Bonne Nouvelle, il est donc juste et bon au moment où elle connaît des difficultés de pouvoir lui venir en aide. Au Concile de Jérusalem Paul s’était engagé solennellement à rester solidaire des autres apôtres. C’est ce qu’il dit en Ga. 2 « 9 et reconnaissant la grâce qui m’avait été départie, Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes, nous tendirent la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion : nous irions, nous aux païens, eux à la Circoncision ; 10 nous devions seulement songer aux pauvres, ce que précisément j’ai eu à cœur de faire. »

Cette solidarité à laquelle Paul invite la communauté de Corinthe se double d’une volonté de réconciliation. Il s’inspire de la Prière du Seigneur Jésus : « remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous avons remis à nos débiteurs. » Mt. 5/12 Il fallait à tout prix garder la communion entre les apôtres et les Eglises et un moyen serait l’entraide et le soutien des pauvres.
Paul, fidèle à l’Esprit qui l’habite : « nous aurions à nous souvenir des pauvres, ce que j’ai eu bien soin de faire », ne reste pas extérieur ni étranger à l’événement qui semble avoir pris une ampleur peu banale. Il interpelle lui-même les communautés afin de manifester la solidarité comme expression de l’amour agapè qu’ils ont reçu de Dieu et qu’ils sont tous appelés à vivre de manière concrète. Ils ont déjà tellement reçu de Dieu !
Il commence par un constat de plénitude – même si elle ne semble que spirituelle- il s’agit d’une invitation à prendre conscience de la chance de leur foi en Jésus-Christ : « vous avez reçu largement tous les dons. »
Voilà tant de richesses s’étonne Paul : il énumère tous les dons que Dieu leur a fait : la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, l’ardeur, l’amour…Tant de richesses qui ne peuvent rester sans réponse, sans désirer partager un peu de tous ces biens. Il souligne que le mystère même de la gratuité de Dieu à leur égard doit inspirer le geste de partage et le sens de l’égalité fraternelle dans le Christ.

Le cœur de ce passage semble bien être le verset 9 : la contemplation de « Jésus qui de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous rendre riches. » La raison du partage auquel il invite c’est d’imiter Jésus pauvre et participer à sa richesse.
Si Jésus s’est fait pauvre ce n’est par une sorte d’idéalisme ascétique mais tout simplement pour nous faire découvrir la logique de la folie de l’Evangile, la logique tout à fait illogique de l’amour de Dieu : « de riche qu’il était il s’est fait pauvre.
Les richesses dont parle Paul ne sont pas d’ordre matériel car les chrétiens ont été enrichis des dons de la grâce et du salut, v 7. Si les Corinthiens ont reçu largement ces dons auxquels Paul fait allusion, c’est tout simplement parce que le Christ a renoncé, s’est dépouillé au profit des hommes.
Il n’est pas nécessaire d’être bien riche pour oser partager. On trouve toujours qu’on n’est pas assez riche pour donner. Paul balaie cet argument en 2 Cor 8,12.

La communauté de Corinthe se montre bien intentionnée et Paul dira plus tard : « vous avez été les premiers, non seulement à réaliser, mais aussi à décider cette œuvre dès l’an dernier »

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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