12e Dimanche B

2 Corinthiens 5,13-19

Frères,
13 S’il est vrai que nous sommes insensés, c’est pour Dieu que nous le sommes ; mais si nous sommes dans notre bon sens, c’est pour vous.
14 Car l’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts.
15 Et il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux.
16 Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n’est plus ainsi que nous le connaissons.
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
18 Tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et qui nous a confié la tâche d’amener d’autres hommes à la réconciliation avec lui.
19 Car, par le Christ, Dieu agissait pour réconcilier tous les humains avec lui, sans tenir compte de leurs fautes. Et il nous a chargés d’annoncer cette oeuvre de réconciliation.

A propos de cette lecture.

On est surpris de l’énergie déployée par Paul durant toute sa vie, aussi bien avant sa conversion qu’après. Où puise-t-il toute son énergie ?
Dans le passage de ce dimanche, le texte jaillit d’un mouvement d’indignation qui habite l’apôtre provoqué par ses détracteurs. En effet Paul tout comme Timothée, qui était à Corinthe avec lui lors de la fondation de la communauté, sont soupçonnés de se faire valoir. Alors Paul cherche à convaincre que ce n’est pas comme ses adversaires les suspectent pour se faire valoir, mais pour que les Corinthiens puissent répondre à ceux qui se vantent de ce qui se voit et non de ce qui est dans le cœur.
D’où la réponse de Paul le passionné, saisi intensément par l’amour du Christ ! Il révèle à quelle source il puise toute son énergie, le feu qui le dévore c’est « l’amour du Christ […] mort pour tous ». Il est saisit car « l’amour du Christ nous étreint. » v.14. Pour lui, l’amour du Christ est une réalité présente enracinée dans une conviction profonde : un seul est mort pour tous. Une certitude l’habite : le Christ ressuscité est à l’œuvre dans le cœur de tous les hommes.
Alors, pourquoi perdre courage ? Pourquoi avoir peur alors que le Christ ressuscité fait surgir du neuf dans le cœur des hommes qui accueillent sa parole ?

v.12. Nous ne recommençons pas à nous recommander nous-mêmes devant vous ; nous vous donnons seulement occasion de vous glorifier à notre sujet, pour que vous puissiez répondre à ceux qui se glorifient de ce qui se voit et non de ce qui est dans le coeur.
Paul ose se vanter, ose convaincre afin de permettre aux Corinthiens de répondre à ceux qui « se vantent de ce qui se voit et non de ce qui est dans le cœur. »
Si certains le prennent aussi pour un illuminé. Paul nous révèle ici à quelle source il puise l’énergie et l’inspiration de sa débordante activité missionnaire, si rudes que soient les épreuves, si insurmontables que paraissent les obstacles.
Un feu le dévore : « l’amour du Christ qui est mort pour nous tous. »
L’apôtre ne peut pas ne pas communiquer aux autres la Nouvelle qui a bouleversé sa vie « afin qu’ils n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux ».
En Paul nous voyons quel souffle est l’amour du Christ ! C’est à la fois l’amour que le Christ nous porte et l’amour que l’apôtre et nous mêmes portons au Christ.
« L’amour du Christ « dévore » le cœur de Paul et le tient comme « enchaîné ». Feu Nouveau.

v.14 : Paul nous montre comment l’existence chrétienne reçoit une impulsion décisive de l’amour que recèle et manifeste la mort du Christ. Tout part bien de là.
L’amour du Christ est une réalité présente : un seul est mort pour tous. Cf. Is.53:4-6 « Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. 5 Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. 6 Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous. »

v.15 : La croix n ‘est pas un hasard de l’histoire.
Quand nous contemplons la croix nous comprenons pas mal de choses. Elle est le lieu de la révélation de Dieu, c’est là que Jésus donne rendez-vous aux Grecs qui désirent le connaître. Dernière étape de la pédagogie de Dieu.
Tant qu’on n’avait pas vu le Christ en croix on ne pouvait pas connaître Dieu jusqu’où allait l’amour de Dieu pour les hommes. Sur la croix c’est la révélation suprême.
« Si un seul est mort pour nous » à la place de tous, nécessairement tous sont morts c.à.d. que l’histoire et la sagesse des hommes qui l’ont précédé sont dépassées ; maintenant Dieu se sert d’autres moyens pour agir dans le monde.
Un seul est mort pour tous : c’est vraiment le cœur de notre foi, parce que c’est le cœur du mystère de l’amour de Dieu. Mystère, donc qu’on ne peut seulement qu’approcher, et jamais complètement pénétrer.
Que veut dire « mort pour tous » : à la place … au bénéfice… ? Ce n’est pas à notre place car nous devrons mourir nous aussi. C’est « au bénéfice de » c.à.d. que sa mort a un sens pour nous : notre vie est transformée par sa mort. Il est mort pour que nous vivions – de la vraie vie, dont parle Jean « la vie éternelle c’est qu’ils te connaissent toi le seul vrai Dieu. » Jn.17, 3
Etre sauvé c’est connaître Dieu : le Christ a accepté de mourir pour que nous connaissions Dieu tel qu’il est, car c’est sur la croix que nous connaissons Dieu tel qu’il est, c’est sur la croix que nous découvrons le vrai visage de Dieu : l’amour qui survit à la haine, à la violence, à toutes les soifs de pouvoir et de domination.
En ce sens on peut comprendre ce que dit Isaïe : « il était broyé à cause de nos perversités ».
Christ nous apporte la vie, non parce qu’il aurait payé le prix de nos fautes mais parce que dans sa mort nous connaissons enfin le vrai visage de Dieu.
Cette lecture n’est pas possible tant qu’on n’a pas vu le Christ en croix.
Donc Paul peut dire ensuite, à partir de ce feu qui l’habite et le dévore, que les vivants ne vivent donc plus fermés sur eux-mêmes mais pour celui qui les anime au plus profond. Ils sont des vivants parce que le Christ vit en eux.

v.16 A la suite de cette constatation il peut dire aussi : « nous ne connaissons plus personne selon la chair » à la manière humaine. Cette connaissance de Dieu nous éblouit et change notre regard en profondeur : nous ne voyons plus les hommes de la même manière, avec les mêmes critères. On ne se laisse plus mener par les apparences Il les aime tel que Dieu les aime et qu’il voudrait qu’ils soient.
La mort du Christ n’est pas un fait divers, elle a une portée universelle : ceux qui se réclament de lui sont associés à sa mort.
Qu’est-ce à dire ? Nous sommes morts avec le Christ, à une manière de vivre et de penser qui lui est étrangère, sans relation à lui, pour en vivre une qui est cohérente avec lui et son Evangile.
« Si un seul est mort pour nous » à la place de tous, nécessairement tous sont morts c.à.d. que l’histoire et la sagesse des hommes qui ont précédé sont dépassées, maintenant Dieu se sert d’autres moyens pour agir dans le monde. C’est le cœur de notre foi : sa mort nous entraîne avec lui et dans son processus de mort-résurrection.
Morts avec lui au vieil homme, à nos vieilles habitudes pour vivre désormais de sa vie, une vie toute nouvelle calquée sur la sienne.
Vivre pour le Christ ? C’est à dire ? Nous ne connaissons plus selon la chair, c’est à dire avec les seules lumières de l’homme, avec le regard, le jugement humain livrés à eux-mêmes.
Le baptisé est transfiguré avec le Christ et sa vie nouvelle est aussi transfigurée par l’agapè (l’amour du Christ) qui le traverse et le transforme ainsi que toutes ses relations.
C’est d’être dans le Christ qui change tout notre vie, nos relations, notre être profond.
Le baptisé n’existe plus en lui, par lui-même mais en référence au Christ et comme le Christ dans sa référence au Père, vivant de lui et par lui.

v 17 « Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. »
Paul fait percevoir l’aube d’un monde nouveau, d’une humanité radicalement nouvelle qui renaît à partir de Jésus Christ. Cette humanité nouvelle a déjà commencé. Nous y sommes ! Dieu a déjà commencé à remodeler l’homme à l’image de son Fils.
Le modèle de l’homme nouveau nous est donné en Jésus (que Paul appelle « le premier né de toute la création » Col. 1,15) qui a pris chair en nous à notre baptême, appelant la collaboration de notre foi.
Désormais l’amour du Christ nous habite et toute notre vie, tout notre être–relation, travail, prière, amour- en sont illuminés, renouvelés, dynamisés.
« Bref, ces quelques versets de Paul expriment l’expérience chrétienne du baptême comme participation à la Pâque du Christ ; cet extrait dominical nous indique vers quelle nouveauté la foi pascale entraîne toute la communauté chrétienne. Pour Paul, notre vie est et reste tout illuminée par la mort et la résurrection de Jésus Christ. » Feu Nouveau 52 p. 63

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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