11e Dimanche C

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates (2, 16.19-21)

Le salut par la foi

Frères,
16
nous avons reconnu que ce n’est pas en pratiquant la loi de
Moïse que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi
en Jésus Christ ; c’est pourquoi nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus
pour devenir des justes par la foi au Christ, et non par la pratique de la Loi,
puisque, par la pratique de la Loi, personne ne deviendra juste.
19
Par la Loi, je suis mort à la Loi afin de vivre pour Dieu ; avec le Christ, je suis crucifié.
20
Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi.
21
Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien.

Ce texte donne le ton aux lectures d’aujourd’hui.

L’Eglise butte sur le problème de la pratique de la Loi : comment la situer face à l’Evangile du Christ ? Dans quelle relation de priorité ? De soutien ? Ce sont les mêmes problèmes qui se posent à l’Eglise. La position de Paul est claire : « on est juste par la foi en Jésus Christ » : le salut par la foi et non par la Loi.
Cothenet écrit dans Ass du Sgr 42 : » c’est son engagement le plus profond d’apôtre du Christ que Paul exprime en phrases brulantes, inoubliables »
Le concile de Jérusalem avait décidé à l’égard des non juifs de ne pas imposer d’autre fardeau que ceux qui sont indispensables : Actes 15,:29 « vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de vous en garder. Adieu. "

A Antioche, malgré l’accord conclu à Jérusalem, les judaïsants qui prônent la circoncision n’abandonnent pas le combat : ils voudraient imposer la circoncision estimant que pour être de vrais fils d’Abraham il est nécessaire de garder les pratiques légales de la Loi. Pour Paul il ne s’agit pas d’une affaire d’observance mais il y va de la vérité de l’Evangile et de la mort du Christ.
Comme le Christ en Mt 5,17, Paul n’élimine pas la Loi mais insiste fortement sur la foi en Christ qui le justifie. Sa conversion en effet n’est pas l’aboutissement d’un raisonnement, d’ une recherche mais d’une rencontre brutale avec le Christ : « par l’intervention toute puissante de Jésus ».

Pour arriver à leur fin, les judaïsants ne cessent de discréditer Paul qu’ils ne considèrent pas comme un véritable apôtre puisqu’il n’a pas été directement envoyé par le Christ comme les autres et qu’il n’a pas vécu avec lui.
La circonstance aggravante de cette situation réside dans le fait que Paul a reproché à Pierre son attitude de faiblesse face aux intransigeants de la Loi (2,11-13)
« C’est une véritable tempête qui s’abat sur ces jeunes Eglises …et qui risque de faire sombrer la fragile nacelle de l’Eglise naissante ».Osty
On pourrait dire que la tentation d’un attachement et un retour à certaines pratiques se retrouve aujourd’hui en radicale opposition avec le concile Vatican II.
Ce qui est en jeu, hier comme aujourd’hui, c’est la foi au Christ et à son Evangile : L’attitude de Pierre avait jeté une certaine confusion qui remettait en question l’unité de l’Eglise. « Paul réagit fortement : pour lui la vérité de l’Evangile est en jeu, le sens même de la mort du Christ ». Cothenet.

« La théologie du salut par la foi plutôt que par la loi devient, dès la Lettre aux Galates, le leitmotiv paulinien auquel l’Épître aux Romains donnera toute son ampleur. Or, une telle dialectique peut faire l’objet de plusieurs interprétations. Longtemps, dans la continuité des grands débats du seizième siècle opposant Luther et ses contradicteurs, l’accent a été mis sur la conscience du sujet croyant forcément chrétien, vu la situation religieuse d’alors, les Juifs étant simplement ignorés). Le chrétien était pressé de choisir entre une conception « activiste » du salut, valorisant les œuvres et les mérites, et une perspective plus « fidéiste » considérant le salut comme un don gratuit, indépendamment des œuvres et n’exigeant d’autre préalable que la foi ou capacité d’accueil dudit salut. Un tel débat est sans doute aujourd’hui dépassé, du moins si l’on s’en tient au texte de Paul. » Feu Nouveau Y-M Blanchart

Le thème central du passage de ce dimanche expose le cœur de l’Evangile tel que Paul l’a reçu. Ce faisant, il nous partage ce qui fait le secret de sa vie : une réponse de foi passionnée à un amour sans borne. Quelle conviction que celle de Paul qui, après s’être attaché avec autant de force à la pratique de la Loi, ne trouve en celle-ci aucune force de vie et de salut ! Il a fait l’expérience d’une pratique de la Loi qui ne l’a pas sauvé mais l’a enfermé dans une étroitesse exclusive.
Sa conversion par la rencontre avec Jésus lui-même, l’a bouleversé au point qu’il ne peut plus revenir en arrière, ni à un système de pratiques qui l’ont plus enfermé que libéré.

« La Loi conduisant à la crucifixion du Christ s’est détruite par elle-même en montrant l’impasse qu’elle constituait ». JP Bagot

C’est à un retournement de mentalité qu’on assiste : le dynamisme de la foi ne vient pas des mérites que donne la pratique de la loi et des commandements mais du salut opéré par le Christ. C’est par la foi au Christ que juifs et païens sont justifiés.
Osty en se référant à Romains 7,7-25, ose mettre dans la bouche de Paul : « la Loi m’a fait pécher et c’est pour sortir du péché que je suis allé au Christ, annoncé d’ailleurs et préparé par la Loi ». Note biblique v.19
Mais le Christ a détruit la Loi ; par la foi le chrétien entre dans un autre monde, le monde de l’amour gratuit.

La Première partie de la péricope de ce dimanche est écrite sous le registre du « nous », comme si Paul discutait avec quelqu’un. Ensuite il passe au « je »
v. 16-17 : le mot juste et le verbe justifier reviennent quatre fois. C’est le mot clé de ce passage. Pour les juifs, être juste assurait le salut. Il était important d’être juste pour paraître devant Dieu. Pour eux, être juste de la justice de Dieu c’est garder les lois et les coutumes de Yahvé, selon Lv 18,5 : « gardez mes lois et mes coutumes ; c’est en les mettant en pratique que l’homme a la vie. C’est moi le Seigneur ».
Les juifs étaient persuadés qu’en étant fidèles à la loi, ils étaient en règle avec Dieu. Puisqu’ ils étaient des justes, Dieu devait les justifier en leur rendant selon leur justice, et en leur accordant la récompense promise. En dehors de cette pratique il n’y avait pas de salut possible.
On peut alors se demander quelle est la place de Dieu puisque l’homme pouvait ainsi parvenir à la justice de Dieu par ses propres forces, ses efforts et sa pratique, comme si le salut provenait du seul fait de ses actes.

Paul proteste fortement au v. 16 : « ce n’est pas en observant la loi mais seulement par la foi que l’homme devient juste devant Dieu ». La loi oriente vers la justice mais elle ne peut être atteinte que par la foi au Christ. Paul met ainsi la justification en rapport avec la foi au Christ.
Pour exprimer la vérité de ce mystère il recourt à trois formules comme pour insister plus fortement :
*l’homme est justifié par le moyen de la foi en Jésus-Christ,
*nous avons cru en Jésus pour devenir des justes par la foi,
*personne ne devient juste en pratiquant la loi.

La justification découle de la foi comme l’eau de la source. La foi est le moyen dont Dieu se sert pour justifier le pécheur ; on le voit particulièrement dans l’attitude de la femme aux pieds de Jésus. Toute la vie du chrétien, du pécheur, se déroule dans une telle attitude. Pour Paul la justification est une réalité actuelle, non pas une récompense due à des mérites. C’est un Don gratuit.

v.19 : « je suis mort à la Loi » : Paul poursuivant à partir se sa propre expérience, souligne la grandeur de la foi. Elle met en relation avec le Christ. C’est au nom de la loi que Christ a été condamné. Cette condamnation par la loi a eu pour effet de libérer les hommes du régime de la loi et de la malédiction qu’elle attirait sur eux, pour qu’ils vivent pour Dieu, en étant unis au crucifié et en communiant à sa résurrection.
Vivre pour Dieu c’est trouver en Dieu le sens de sa vie et en lui la source de tout amour, de toute vie. C’est vivre totalement au service de Celui qui nous a tout donné en son Fils qui, en retour, nous donne de vivre en communion avec Lui et avec son Père.
Toute l’expérience chrétienne se résume dans la foi et la communion au Fils de Dieu. La foi au Fils de Dieu, littéralement la « foi du Fils de Dieu » car Jésus Christ est la source de notre foi et en même temps c’est lui qui nous donne de croire.
La foi du Christ en son Père est une foi totale, confiante et obéissante.
C’est aussi par cette foi que le Christ nous justifie, qu’elle accomplit son œuvre de salut en nous donnant la vie nouvelle, la vie même du Christ.
La vie nouvelle a sa source en Christ qui agit en ceux dont « le corps de péché, le vieil homme » a été crucifié avec lui. Cette vie c’est bien celle du Christ : « je vis, ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi ». Le Christ est vivant dans le croyant qui vit de son Esprit.
Cette vie, « je la vis dans la foi » c’est-à-dire, dans la situation présente fragile sans doute mais avec l’assurance de la grâce ; il n’est pas question pour nous de rejeter la grâce de Dieu.
La foi c’est vivre sous le régime de la grâce de Dieu qui ne manque jamais.
« Paul conclut sa thèse en soulignant l’incompatibilité d’une efficacité de la Loi avec celle de la Passion : si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien. Finalement, cette thèse paulinienne est un vibrant appel à une foi qui est attachement d’amour à la personne de Jésus ». Daniel Sesboüé dans Feu Nouveau n°4.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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